Scènes

Échos de Saveurs Jazz 2016 - 3

Compte rendu de la septième édition du festival angevin.


Meddy Gerville quintette © Jean-François Picaut

En ce vendredi, au Saveurs jazz festival, c’est la soirée exotique. Plongée dans les Caraïbes et virée dans l’Océan Indien. Le rythme, la danse et la fête ont donné rendez-vous aux festivaliers…

Vendredi 8 juillet 2016
Meddy Gerville : fragrances de La Réunion et de l’île Maurice
Tropical Storm, le prochain album à paraître en novembre de Meddy Gerville (pianiste, chanteur, auteur et compositeur) se situe au croisement du jazz, du séga mauricien et du maloya réunionnais, héritage des esclaves qui mêle musique, danse et chant, inscrit sur la liste du Patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO, depuis 2009. Le concert permet aussi d’entendre des titres plus anciens, tirés entre autres de son dernier disque, Ek out lamour (MEA / Run Management, 2015).


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Meddy Gerville © Jean-François Picaut

On commence par deux ballades rythmées et gorgées de couleurs, chantées en créole réunionnais. Dans la seconde, plus rapide, Nguyen Lê (guitare) fait une belle intervention mélodique, plus tard, dans deux autres titres, sa virtuosité et son travail sonore avec de longues envolées lyriques déchaîneront l’enthousiasme du public. Michel Alibo (basse) et Stéphane Édouard (percussions) sont aussi les héros de ce titre qui nous emmène vers les Caraïbes.
On est un peu surpris ensuite d’entendre une reprise de « La Bohème » ! Cependant Meddy Gerville, au piano comme au chant, s’approprie avec brio le titre d’Aznavour dans une version très dansante qui déclenche la participation du public.
Ce concert se termine par un standard réunionnais, un maloya, que Meddy Gerville accompagne au caïambe, cette percussion faite de deux panneaux de tiges de jeunes cannes à sucre fixés sur un cadre rectangulaire et entre lesquels on dispose des graines sèches. On y entend aussi, joué par Stéphane Édouard, le roulèr, ce gros tambour basse dont Gerville dit que « le cœur de La Réunion y bat ».

Richard Bona, Heritage : la quintessence de l’héritage afro-cubain
A peine est-il entré en scène avec son Mandekan Cubano, que le public acclame déjà celui qu’il attendait, Richard Bona (basse et chant). Le concert démarre par « Jokoh Jokoh » suivi de « Muntula Moto ». Ces titres plutôt rapides donnent une bonne idée de l’album Heritage (Qwest Records, juin 2016), matière principale de ce concert.

Avec ce nouveau disque, Richard Bona se fait le passeur entre l’héritage africain (les tambours) et l’apport autochtone de Cuba (maracas, claves, timbales) qui en fusionnant avec les influences européennes ont donné le style afro-cubain. Il chante en douala, une langue nigéro-congolaise, qu’il relie, un peu arbitrairement, au groupe linguistique mandingue. Son groupe, le Mandekan Cubano, tire son nom de cette référence. Richard Bona a tourné avec lui dans beaucoup de festivals, il y a deux ans, conformément à son habitude de faire vivre sa musique avant de l’enregistrer.


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Richard Bona © Jean-François Picaut

Cet héritage de cinq siècles, le bassiste chanteur nous en livre le cœur avec « Bilongo », un standard cubain, ici réarrangé de façon subtile tout en lui conservant son aspect traditionnel. Luisito Quintero, aux timbales, cajon et autre bongo, s’y distingue particulièrement. Le pianiste Osmany Paredes y accomplit également un travail remarquable.

A côté de ces titres qui donnent envie de danser - certains spectateurs (des spectatrices surtout) n’ont pu y résister - on trouve aussi, évidemment, des ballades plus lentes, comme « Matanga ». C’est là que peut se déployer tout le charme de la voix de Richard Bona, si différente de sa voix parlée, une voix ductile, délicate, caressante qui fait fondre les cœurs. Le bassiste se taille aussi quelques rôles sur mesure comme dans « Essèwè Ya Monique » ou « Eva ». Le trompettiste Dennis Hernandez, le tromboniste Rey Alejandro et Roberto Quintero aux congas y trouvent souvent matière à briller.

Enfin, un concert de Richard Bona ne serait pas complet sans sa dose d’humour. Il ne manque pas dans la musique, grâce aux citations, mais il éclate dans chaque prise de parole, bon enfant mais faisant mouche à chaque fois. Le rappel, une berceuse très largement improvisée, va lui fournir un terrain de choix en multipliant les allusions au football ou à la politique…

Ce concert sera certainement un des sommets du festival, par le talent de Richard Bona et du Mandekan Cubano, bien sûr, mais aussi par l’incroyable connivence que l’artiste sait établir avec son public qui avait bien du mal à quitter la salle.