Chronique

Lucien Dubuis Trio

Le retour

Label / Distribution : Unit Records

Le dernier disque du saxophoniste et clarinettiste suisse Lucien Dubuis vient, cette année encore conforter son image de bruiteur intempestif, de mélodiste exacerbé, d’arrangeur minimaliste. Le style s’étoffe mais reste dans la même veine : sautillant, fragmenté, haché.

Il est accompagné de Roman Nowka, guitariste et bassiste monkien et de Lionel Friedli, batteur insensé, deux compagnons de route qui participent à tous ses projets.

Les thèmes sont quasiment rythmiques, proches du riff, du gimmick. L’expression musicale, toujours aussi syncopée et puissante, s’appuie sur une instrumentation rauque : clarinettes basse et contrebasse, sax alto, basse, guitare et batterie, ustensiles divers, chant. Cette cosmogonie personnelle (et qui dure) n’est pas dénuée d’humour, ce qui ne gâte rien. Les titres des thèmes en sont un reflet mais c’est dans les arrangements que l’on sent expressément le désir de fracturer le cadre du trio, l’ordre des choses. Révolutionnaire, peut-être pas, mais libertaire certainement. Il faut savoir apprécier la sonorité sale des hululements, des saturations pour mieux en percevoir l’énergie. Et l’on pense bien sûr à Roland Kirk, et Albert Ayler et à Steve Coleman et à Lucien Dubuis, finalement.

Le retour, marque comme son nom l’indique, la suite, le supplément du précédent Tovorak, publié il y a deux ans. L’un ne va pas sans l’autre.