Chronique

Otis Sandsjö

Y​-​Otis 2

Otis Sandsjö (ts, cl), Petter Eldh (b, synth), Dan Nicholls (claviers, synth), Tilo Weber (dm) + Per « Texas » Johansson (fl), Jonas Kullhammar (fl), Lucy Railton (cello), Ruhi-Deniz Erdogan (tp)

Label / Distribution : We Jazz Records

Si le mot Otis vous évoque uniquement l’entreprise du même nom, numéro un mondial de l’ascenseur, c’est que vous ne connaissez pas encore le fabuleux saxophoniste suédois Otis Sandsjö. Très actif sur la scène jazz européenne depuis une dizaine d’années, il vit aujourd’hui à Berlin et multiplie les projets audacieux. On l’avait notamment récemment croisé sur le bel album de Marie Kruttli, Clair-Obscur, sorti en début d’année. Le saxophoniste suédois y étalait toute sa classe, apportant légèreté et onctuosité à la musique de la pianiste suisse (un peu comme les blancs en neige dans la mousse au chocolat). On le retrouve ici pour le deuxième épisode de son projet Y-Otis (le premier datait de 2018). Dans Y-Otis 2 (qui a dit qu’il fallait se casser la tête pour trouver des titres d’albums ?), il est toujours accompagné de son alter ego et compatriote, le contrebassiste bidouilleur Petter Eldh, avec qui il compose à quatre mains toute la musique du disque. Seul changement de casting, le claviériste Dan Nicholls remplace Elias Stemeseder. Le batteur étant toujours l’Allemand Tilo Weber.

On peut dire que nos deux Vikings préférés nous ont sacrément gâtés avec quelques friandises miniatures, douces et acidulées : dans « Waldo » on se croirait à l’intérieur de la bande-son d’un jeu vidéo des années 80 type Alex Kidd ; sur l’ultra-funky « Tremadoce », les flûtes de Per « Texas » Johansson (membre du Gard Nilssen’s Supersonic Orchestra dans lequel officie également Petter Eldh) et Jonas Kullhammar (entendu sur Koma Saxo, album du contrebassiste sorti l’année dernière) créent une ambiance rétro futuriste sur laquelle Sandsjö pose quelques riffs incendiaires dans son style de ne pas y toucher ; sur « Abysmal » on songe à la paire Rifflet/Mienniel version Mechanics ; et sur « Atombhan » semble poindre le fantôme du sorcier Joe Zawinul.

Élastique, organique, cosmique parfois, la musique du groupe oscille entre jazz-rock psychédélique, bidouillages électro et énergie hip-hop (les beats de Weber à la batterie sont terriblement efficaces). Il nous semble y entendre des réminiscences d’un groupe comme Weather Report, des emprunts au rap US, aux minimalistes aussi ; le tout avec ce quelque chose de scandinave que les autres n’ont pas. Le disque bénéficie de surcroît d’une production aux petits oignons (comme toujours chez We Jazz) et d’un mixage hyper efficace. Avec Y-Otis 2, Otis Sandsjö semble atteindre une sorte de plénitude béate. Son jeu liquide et dépouillé flotte dans l’air et propulse le groupe vers des sommets d’élégance et de finesse. Vous l’aurez compris, nous sommes très loin d’une musique d’ascenseur.

par Julien Aunos // Publié le 20 décembre 2020
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