Chronique

Pearls

Himiko Paganotti (voc), Emmanuel Borghi (p), Frédéric Borey (sax), Yoni Zelnik (b), Philippe Soirat (d).

Label / Distribution : Baboo Music

Voilà pas mal d’années désormais que nous suivons avec beaucoup d’attention le travail entrepris par Himiko Paganotti et celui qui est son partenaire à la scène comme à la ville, le pianiste Emmanuel Borghi. Il y avait eu bien sûr leur compagnonnage kobaïen au sein de Magma dans les années 2000, avant une rupture ayant débouché sur diverses expériences musicales à travers lesquelles la personnalité de la chanteuse n’avait cessé de s’affirmer. Deux albums avec le groupe Slug et son univers onirique trempé dans un bain pop-rock scintillant, comme en témoignait parfaitement Namekuji en 2012, avant la naissance d’un groupe sobrement intitulé Himiko, pour deux rendez-vous remarqués (Nebula en 2017 et Pearl Diver en 2029). Himiko Paganotti s’installait dans le paysage musical français comme l’une de ses voix les plus passionnantes et singulières, ce que n’avait pas manqué de remarquer Henri Texier qui l’embarquait au sein de sa propre aventure à l’occasion de An Indian’s Life en 2023.

Aujourd’hui semble être pour la chanteuse le temps de l’affirmation et ce n’est que justice. Himiko Paganotti et Emmanuel Borghi - qui a lui-même incorporé l’écurie Texier - sont de retour et jouent cette fois la carte de l’épure avec Pearls, qui semble être la dénomination de la formation aussi bien que du disque qu’ils font paraître chez Baboo Music. Voilà un quintet d’une force tranquille assumée au sein duquel on retrouve le saxophoniste Frédéric Borey associé à une paire rythmique parmi les plus aguerries qui soient, composée du contrebassiste Yoni Zelnik et du batteur Philippe Soirat. Épure, oui, et une lenteur revendiquée – comme un acte de résistance face aux accélérations brutales de notre monde. Les dix compositions de l’album (dont tous les textes en anglais sont signés par Himiko Paganotti à l’exception de « Changed », écrit par John Greaves) écartent toute idée de performance et de démonstration. Car si le tempo peut parfois s’accélérer (comme sur « Deux ailes » et son groove tenace, un véritable manifeste de jazz dans la plus belle acception du terme ; ou par le swing félin de « My Home » et « April »), le quintet préfère la plupart du temps dérouler le tapis rouge à une musique contemplative gorgée de sève mélodique au sujet de laquelle Henri Texier, qui signe d’émouvantes notes de pochette, souligne « le chant profond et les architectures limpides ». Il n’est jamais facile de dire beaucoup avec peu : Pearls y parvient dans une alliance naturelle d’élégance et de sobriété, nous rappelant par cette économie de notes et cette interprétation toute en suspension à quel point l’idée du temps qu’il faut savoir compter et mesurer pour mieux le sublimer est essentielle. Ce que révèle ce petit miracle d’équilibre qu’est la seconde version en duo voix/piano de « New Day », conclusion parfaite d’un disque qui ne l’est pas moins.