C’est la passe de trois pour le Magma de Philippe Gonin. Après une première édition publiée en 2010, dont nous nous étions fait l’écho ici-même, elle-même suivie une réédition en 2014 ayant notamment permis à son auteur de revenir sur quelques erreurs très secondaires que n’avait pas manqué de lui reprocher une poignée de fans hard core, voici ce qui pourrait bien constituer selon nous l’ouvrage de référence consacré à un groupe à nul autre pareil, porté à bout de baguettes depuis près de 57 ans maintenant par Christian Vander (qui vient de fêter ses 78 ans).
Rappelons-en la structure générale : tout commence par une analyse des influences et de toutes les sources qui ont engendré la musique de Magma (John Coltrane, musiques de l’Est, soul music, compositeurs tels que Stravinski, Wagner ou Carl Orff) et par une présentation approfondie de ce qu’il est convenu d’appeler la cosmogonie du groupe (et notamment son approche philosophique et linguistique), sans oublier la place occupée par la relation essentielle qui avait uni Vander et son bassiste fétiche durant la première moitié des années 70, Jannick Top. Comme nous le soulignions en 2010, ces pages « rappellent la nécessité intérieure de la musique chez Vander, sa spiritualité, les oppositions entre magie noire et magie blanche ».
Philippe Gonin se livre ensuite à une analyse détaillée, sous la forme d’un passage en revue chronologique, de la discographie de Magma, avec le regard distancié du musicien et musicologue qu’il est et dont le travail rigoureux et passionné lui a valu d’écrire de nombreux ouvrages reconnus (autour de Pink Floyd, The Cure, Robert Wyatt, Serge Gainsbourg, Marquis de Sade et prochainement The Police). Là se trouve en effet toute la pertinence de ce livre. Pas question d’hagiographie ou de « publication autorisée ». Ce Magma est bel et bien un travail de fond, qui rappelle s’il en était besoin l’intérêt de toute démarche de recherche. Laissant les propos dithyrambiques aux fanzines, l’auteur sait mettre la distance nécessaire entre une musique qu’il aime depuis longtemps (et qu’il connaît sur le bout des doigts) et son point de vue, qui peut être critique lorsqu’il l’estime nécessaire. Ainsi, son appréciation du travail de production de certains disques comme Ëmëhntëtt-Rê, ses réserves sur la notion de « nouvelle musique » annoncée par Vander au milieu des années 2000 ou ses doutes relatifs à plusieurs textes en français, telle la déclamation introductive de Zëss.
Cette nouvelle édition qu’on est tenté de considérer comme définitive est augmentée d’une bonne trentaine de pages consacrées à l’activité du groupe au cours des douze dernières années, avec quelques ajouts discographiques, jusqu’aux dernières prestations scéniques de Magma en formation resserrée au mois de janvier 2026, sans oublier l’évocation d’un clip vidéo mettant en scène deux chorégraphes de l’Opéra de Paris dansant sur « Hakëhn Deïs ». L’avenir dira si un nouveau chapitre doit être imaginé, mais on peut être certain que cette troisième mouture a de beaux jours devant elle. Voilà un bel exemple de livre durable !

