
The Sleep of Reason Produces Monsters
The Sleep of Reason Produces Monsters
Mariam Rezaei (turntables), Gabriele Mitelli (tp), Mette Rasmussen (as), Lukas Koenig (d).
Label / Distribution : Corbett vs. Dempsey
Titré en référence à une eau-forte de Francisco Goya, le quartet radical et très créatif de la platiniste Mariam Rezaei est de ces orchestres qui ne peuvent pas laisser indifférents. Onirique et inquiétante, la musique est un labyrinthe de sons et d’interactions où le travail très précis de l’Anglo-Iranienne se heurte de plein fouet au saxophone irréfragable de Mette Rasmussen. La Danoise est dans son élément : on se rappelle son travail avec le groupe de noise God Speed You Black Emperor, ou de sa participation au Tropi© de Rob Mazurek ; dans « Truth Vs. Superficiality, Truth Without Compromise », on retrouve son saxophone comme un cri rauque au milieu d’une jungle électronique faite de citations pointues et de rythmes barbares, bien aidé en cela par le batteur autrichien Lukas König que nous avions eu la chance d’interviewer. Rasmussen est une boule d’énergie qui scintille toujours, même dans les zones les plus sombres.
On ne sera pas surpris d’apprendre que ce batteur fait partie du trio Mopcut avec Julien Desprez. Ce même trio qui a collaboré avec Mariam Rezaei, et dont l’énergie est similaire, heurtée, écorchée, pleine de rage et en même temps porteuse d’une certaine fragilité. Une musique à fleur de peau où le génie de Rezaei est de construire un écrin pour chacun de ses compagnons. C’est pour cela qu’il ne faut pas penser que tout ici est à bloc : derrière la masse, il y a une dentelle, une finesse du son qui ajoure et respire et permet d’infuser l’imaginaire en profondeur, comme « Right Is A Thing Within » qui serpente à force de scratches au milieu d’un saxophone entre ombre et lumière, loin des phares crus du préambule. Un soufflant fragmenté qui fait face à la trompette de Gabriele Mitelli, foncièrement prométhéenne.
Mitelli, qu’on avait entendu dans le magnifique MultikultiEnsemble de Cristiano Calcagnile, est l’élément de quiétude de The Sleep Of Reason Produces Monsters (TSORPM). Sans surprise, dans la simplicité de son jeu au milieu de ce qui apparaît comme une transe, il peut avoir des accents de Don Cherry dans cette volonté d’embrasser le monde. Un morceau comme « I Said No », plein de noirceur, travaillé en son cœur par Mariam Rezaei, est une plongée dans des tréfonds où se perdent les notions d’espace et de temps. C’est une musique d’une grande finesse derrière son aspect très acéré et rugueux, qui s’écoute au casque avec une grande délectation pour en saisir chacun des sentiers menant à une écoute profonde et empreinte d’une grande magie.
