Scènes

Albi, du jazz en hiver

Retour sur l’édition 2026 du festival Albi Jazz.


Delphine Joussein @ Gérard Boisnel

Le récent festival d’Albi Jazz (à peine sept ans d’âge) n’a jamais été une jeune pousse : dès ses débuts, il a mis les petits plats dans les grands. 2026 ne fait pas exception, puisque l’équipe de Nathalie Besançon a continué à propulser la cité épiscopale dans des hauteurs jazzistiques stratosphériques.

Pour qui arrive à Albi le vendredi après-midi du dernier weekend de janvier, l’ambiance a quelque chose de surréaliste. À peine posé sur les chaises ou les banquettes du hall du Grand Théâtre, on assiste en continu aux échanges radiophoniques avec Marie Krüttli, Lou Ferrand, Mette Rasmussen, Johan Berthling, Delphine Joussein, David Pautric, Mats Gustafsson, Sonny Troupé en plus de la chronique de Guillaume Malvoisin de Point Break - pour ne citer que ceux-là. Et si l’on fait quelques pas supplémentaires pour gagner le Magic Mirrors, on assiste au concert vitaminé du quintet d’Aymeric Avice. De quoi satisfaire les plus mélomanes.

Mais si ce n’était que ça…. Le soir venu, on prend place dans le très beau théâtre pour assister au concert de Marie Krüttli. En trio avec Lukas Traxel et Gautier Garrigue, elle développe une musique qui lorgne tantôt vers des choses évanescentes, tantôt vers des esthétiques plus acérées. Mais c’est le second « grand » concert qui constituera le clou de la soirée. Quand les dix-neuf musiciens du Fire ! Orchestra déroulent leur répertoire hors du commun, c’est l’extase qui prend place dans une bonne partie de la salle. Quelques spectateurs quittent le navire en cours de route, sans doute pas prêts à recevoir autant d’ingéniosité. Mais on voit, on sent une fébrilité dans les travées de l’immense théâtre. Il faut dire qu’entre Mats Gustafsson, Julien Deprez, Susana Santos Silva, Mette Rasmussen ou encore Mariam Rezaei, il y a de quoi et l’affiche alléchante s’est effectivement transformée en un concert éberluant. Le registre est sans limite : musique contemporaine, allers-retours entre consonances et dissonances, cycles doux, d’autres plus explosifs… tout cela mené en soundpainting par Mats Gustafsson puis Mette Rasmussen. On en ressort très agréablement sonné.

Mette Rasmussen © Gérard Boisnel

C’est dans une veine similaire qu’on peut appréhender le solo de Delphine Joussein, le lendemain. La flûtiste explore, et nous avec, des espaces mi-acoustiques, mi-électro, en lançant des sons aux quatre coins de la galaxie. En trois morceaux, dont le noisy « Ma flûte et mon couteau », elle nous propose ces trajectoires exploratrices. Envisager son solo comme la poursuite du concert du Fire ! de la veille permet d’en savourer tous les sucs.

Delphine Joussein © Gérard Boisnel

Le dîner s’annonce aussi savoureux puisque le théâtre accueille en soirée le trio ETE (pour Emler, Tchamitchian, Echampard). Il sera politique, car Andy Emler revendique sa musique comme vecteur du vivre-ensemble. La période s’y prête et le répertoire de There is Another Way vient à point. Ce concert très élégant devant une salle quasiment pleine se termine, avant le rappel bien sûr, dans un gazouillis de cymbales comme une douce ponctuation. Une maîtrise d’œuvre impeccable, s’il fallait le préciser.

La suite avec The Harlem Gospel Travelers prend un tout autre chemin. Du gospel bien entendu, que ce groupe mâtine de funk, de rap, de soul et de groove. Mais le festival 2026 revient toujours aux créations les plus délurées et, tandis que Jésus investissait le théâtre, le Magic Mirrors était pris d’assaut par Lagon Nwar, un superbe quartet comme une épopée ultramarine où émargent Valentin Ceccaldi, Ann O’Aro, Marcel Balboné et Quentin Biardeau.