Chronique

Valentin Ceccaldi

Bonbon Flamme

Valentin Ceccaldi (cello), Fulco Ottervanger (p, synth), Luís Lopes (g), Étienne Ziemniak (dms).

Label / Distribution : Clean Feed

Avec le projet Bonbon Flamme, Valentin Ceccaldi renoue avec le versant le plus expérimental de sa production musicale. Les CV de ces trois nouveaux compagnons de jeu en disent long sur la teneur de leurs intentions. Le guitariste Luís Lopes est le plus habitué des joutes free-jazz et des musiques improvisées. Le claviériste Fulco Ottervanger, lui, est adepte du grand écart musical, entre pop et jazz foutraque et débridé. Quant à Étienne Ziemniak, il officie entre autres en tant que batteur du réjouissant Electric Vocuhila avec son jazz incandescent empreint d’afrobeat et de funk.

Avec un contenu musical proche des expérimentations de la période Freaks et In Love With, Valentin Ceccaldi réussit le pari de faire cohabiter des mondes sonores et des univers très différents. À titre d’exemple, « L’Amour de Saint-Valentin » combine habilement vieille boîte à rythmes, sonorités d’orgue Bontempi, guitare hawaïenne et nappes de synthétiseur cosmico-mystique.

Le résultat est un patchwork étonnant, assez instable, difficile à cerner, mais au bout du compte très réussi. Il relève le défi de nous tenir en haleine et de proposer un pas de plus dans l’exploration des possibles, confirmant le statut de défricheur de son auteur. Les musiciens y repoussent, encore une fois, les limites du collage et du zapping en y injectant une forte dose de déstructuration et de saturation. Que ce soit sur « Ritournelle » ou sur « From Broken Bones To Open Egg Celebration », le groupe s’acharne à triturer la matière sonore pour offrir un jazz rugueux, abrasif sous toutes les coutures : piano virevoltant, guitare débridée à la fois lyrique et bruitiste, cassure rythmique à la précision d’horloger.

Le disque surprend par une utilisation étonnante de mélodies légères au piano et un recours à la voix, traitée jusqu’à la moelle, dont il ne reste plus d’identifiable que le rythme. L’ensemble brille par le collage des textures et son usage réussi de sonorités électroniques qui, prises indépendamment, auraient sans doute sonné de manière kitsch. Leur accumulation et leur confrontation à l’acoustique du violoncelle et du piano réussissent à les rendre cohérentes, modernes et séduisantes. Le tout dans la joie et la bonne humeur. Un album réjouissant

par Jean-François Sciabica // Publié le 29 octobre 2023
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