Scènes

Chroniques de Résistance

L’orchestre réuni par Jean Rochard a donné la création « Chroniques de Résistance » à l’occasion du festival Kind of Belou à Treignac en Corrèze.


Dans les loges, après le spectacle, d’anciens résistants ou leurs enfants pleuraient d’émotion. L’orchestre réuni par Jean Rochard avait répété toute la semaine la création Chroniques de Résistance à l’occasion du festival Kind of Belou à Treignac en Corrèze.

Le producteur des disques nato avait commencé par emmener toute la troupe visiter le village martyr d’Oradour-sur-Glane, histoire de les plonger dans l’ambiance. Au soleil comme à l’ombre il règne une atmosphère joyeuse et combattante tandis que l’équipe dirigée par Frank Cassenti filme sans arrêt. On s’attend donc à un album pour le printemps, doublé d’un documentaire sur cette extraordinaire aventure.

Tony Hymas a ainsi composé 27 pièces sur lesquelles interviennent les voix françaises de Nathalie Richard et Frédéric Pierrot ou celle, plus scandée, de la slameuse américaine Desdamona. Les sept chansons sur des paroles de Serge Utgé-Royo (« Souvenir de Ponzán dit François Vidal », « Suzy Chevet »), Sylvain Girault (« Les flamboyants », « Addi Bâ »), Emmanuel d’Astier de la Vigerie et Anna Marly (« La complainte du partisan »), Marianne Cohn (« Je trahirai demain ») et moi-même (« Valse macabre à Germaine Tillion ») sont interprétées par Elsa Birgé. Jean Rochard lui fait lire les quelques lignes de Buenaventura Durruti qui ouvraient le célèbre double album dédié à l’anarchiste espagnol, paru en 1996. Elsa avait onze ans. Dix-sept ans après, elle revient en fanfare sur le label nato.


JPEG - 39.3 ko
Hymas Orchestra © J.J. Birgé

Quatre souffleurs jouent serré la partition de Hymas. Les rythmes sont acrobatiques, les temps morts sont rares. Le trio Journal Intime, soit Sylvain Bardiau à la trompette, Matthias Mahler au trombone et Frédéric Gastard au saxophone basse, ainsi que le saxophoniste baryton François Corneloup interprètent avec brio les savants et subtils arrangements. Le batteur des Fantastic Merlins, Pete Henning, lâche parfois les baguettes pour le banjo. Pendant une heure et quart, Hymas dirige ce petit monde depuis le piano. Les scènes héroïques alternent avec des moments de pure émotion.

Les textes parlés sont de Robert Desnos, René Char, John Holloway, Raymond Dronne, Fermín Pujol, Barney Bush, Georges Guingouin, Henri Nanot, Jean-Jacques Fouché, Jean Tardieu, Armand Gatti, Desdamona, David Miller, Arsène Tchakarian, Aimé Césaire, Maurice Rajsfus… L’évocation de la résistance se conjugue à tous les temps, évoquant aussi parfois la guerre d’Espagne, les résistants allemands, la défense des droits des Indiens d’Amérique, les Antilles, Notre-Dame-des-Landes, mais c’est d’abord dans ces maquis du Limousin qu’elle se situe jusqu’aux camps d’extermination où tant périrent. Les femmes résistantes y sont à l’honneur. On regrette parfois qu’il n’y ait pas plus d’instrumentaux tant les cuivres sont fameux. L’écriture est dense, l’interprétation virtuose, les spectateurs comblés.

par Jean-Jacques Birgé // Publié le 2 septembre 2013
P.-S. :

Texte originellement paru sur le blog drame.org.