Chronique

Erlend Apneseth Trio

Salika Molika

Erlend Apneseth (violon hardanger), Stephan Meidell (elg, electronics), Øyvind Hegg-Lunde (dms), Frode Haltli (acc)

Label / Distribution : Hubro

Afin de pousser un loin l’exploration des liens musicaux entre passé et futur, en évitant les chemins déjà empruntés par un cortège de joueurs de violon hardanger, l’aérien trio Erlend Apneseth (v), Øyvind Hegg-Lunde (percussions aux mille matières) et Stephan Meidell (guitare aux milles effets), toujours posé sur la solide branche Hubro, publie en 2019 « Salika Molika ».

Cet album accueille un invité de marque : le compositeur et accordéoniste Frode Haltli. Super actif, il est l’une des voix majeures de la scène norvégienne et jouit de nombreux points communs avec le trio du violoniste. Haltli ayant fait appel à Apneseth sur son album « Avant-folk » paru quelques mois plus tôt, il est évident ces deux musiciens se reconnaissent comme des pairs.

Remettre en lumière mélodies, témoignages, chants et sons du passé, telle est la quête de « Salika Molika », dont le morceau éponyme, par exemple, met en exergue une archive sonore – un refrain chanté par Karen Hatleberg, chanteuse folk. C’est elle qui crée la pulsation à partir de laquelle les musiciens composent et improvisent, parant ces voix de nouvelles couleurs. Sans ripolinage ni photoshopage, on peut compter sur ces orfèvres du son pour que la colorisation se fasse dans la plus grande bienveillance. On y entendrait même un peu de mysticisme (le dernier morceau, « Kirkegangar » et ses mélodies éthérées).

Alors que les harmonies gagnent en richesse et en couleurs, les rythmes creusent volontiers dans la répétition, la recherche de transe. Vers plus de régularité ? Non, ce serait mal connaître le propos d’Apneseth, plus enclin à la profondeur, même si, sur un titre comme « Talke », le quartet s’amuse et laisse entrer le démon de la danse, autour d’un sample de la voix d’Haralde Takle, imitant un roulement de tambour.

Que ceux qui connaissent déjà la musique d’Erlend Apneseth Trio se rassurent : l’improvisation est toujours reine, mais, et c’est finalement le seul point faible de cet album, l’exploration se fait moins risquée. On peut regretter que Frode Halti, pourtant toujours garant d’une saine prise de risque, prenne parfois un peu l’avantage sur le son de l’ensemble, déstabilisant l’équilibre parfait jusqu’alors tenu sur les autres disques du trio, qui, ici, semble pêcher par modestie. Un moindre mal.

par Anne Yven // Publié le 3 novembre 2019