Intercommunal Free Dance Music Orchestra
Après la marée noire, vers une musique bretonne nouvelle
Label / Distribution : Souffle Continu
En février 1978, le supertanker Amoco Cadiz, sous pavillon libérien, coulait au large des côtes bretonnes, créant un élan de solidarité internationale sur fond d’images choquantes et traumatisantes. En pleine vague bretonnante en musique - Dan ar Braz, Stivell, Tri Yann -, la question du folklore a pris un tournant politique supplémentaire, ce genre n’en étant pas franchement dénué avant le cataclysme écologique. Depuis 1971, le pianiste François Tusques animait l’Intercommunal Free Dance Music Orchestra (IFDMO), notamment avec le saxophoniste Joe Maka et la trompette incisive de Michel Marre. L’idée de Tusques, pionnier du free jazz et de la question de l’émancipation de la musique, c’est que la flamme populaire devait s’approprier son propre jazz. La rencontre entre l’IFDMO et des sonneurs bretons, notamment le Lorientais Jean-Louis le Vallegant ou le Finistérien Philippe le Strat, qui fut membre des Diaouled ar Menez, un des groupes phares de cette vague bretonne, était inéluctable. Enregistré en 1979, Après la marée noire, vers une musique bretonne nouvelle est une épiphanie.
A l’aube des années 80, il serait simple de classer ce disque dans la World Music, celle de Real World ou des « découvertes » africaines de la décennie maudite. Trop simple pour quelqu’un comme Tusques qui a toujours prôné une forme de dialogue entre les différentes cultures, une alliance populaire et joyeuse qui voit le jour dans « Le Blues Gavotte » où un piano très jazz fait danser les binious qui lui répondent en cercles festifs travaillés par la basse de Tanguy Ledoré, et où les percussions aux couleurs africaines de Samuel Ateba viennent donner une vision nouvelle, crue et chaleureuse. Ce manifeste émancipé est loin des asservissements pop qui affadissent et transforment le folklore en produit.
La musique est turbulente et colérique, à l’image de « Marée noire », le plus free de tous les morceaux d’un album mouvementé. Là aussi, les martellements du piano de Tusques sont des repères rythmiques sur lesquels l’ICFDMO danse joyeusement, laissant ensuite la place à une danse plus légère (« Le Cheval »). Véritable pièce historique de l’histoire du jazz hexagonal et pur produit d’une sono mondiale en devenir, respectueuse et curieuse, ce disque édité par Le Souffle Continu est d’une modernité rare.

