Assez tardif dans la discographie de l’Intercommunal Free Dance Music Orchestra (IFMO), ce disque sorti initialement en 1982 porte le nom de Volume 4. Même si pour ceux qui connaissent bien l’œuvre de François Tusques et ses camarades (de jeu et de lutte), on le connaît surtout sous le titre de Jo Maka , du nom du saxophoniste guinéen qui a longtemps accompagné l’orchestre avant de mourir en 1981. Sorte de florilège des exploits scéniques de l’IFMO, ce disque réédité par Le Souffle Continu montre d’abord l’influence grandissante du tropisme africain dans l’orchestre et l’air du temps à l’orée des années 80 ; « Pose ton fardeau et remets la machine en route » est ainsi un morceau à la rythmique subsaharienne, bien entraîné par la darbuka de Kilikus [1] et la batterie de Jacques Thollot.
L’orchestre lui-même a une physionomie que l’on sent façonnée par le talent de ses membres, à commencer par le trombone remarquable du Togolais Ramadolf Winckler, pièce maîtresse d’un album où la trace du Liberation Music Orchestra ou de Brotherhood of Breath se fait sensible du fait des influences collectives des musiciens panafricains. « Vive la Commune », premier titre de l’album, offre un mélange heureux de chants de lutte, à commencer par l’Internationale qui se remplit de Blues sous la férule de Sylvain Kassap à l’alto et Jean-Jacques Avenel à la contrebasse.
Assez loin de l’esthétique de Vers une musique bretonne, nous sommes pourtant toujours sur une brèche prônant l’ouverture et la désaliénation. La reprise, longue et gourmande de « Fables of Faubus », de plus de 16 minutes, est un feu d’artifice d’un jazz libre et sans contraintes, où le solo de Jo Maka est époustouflant, tout comme son dialogue avec Tusques. Le morceau de Mingus est joliment joueur et presque choral, moins hâbleur que l’original, mais avec cette élégance légèrement ironique qu’on trouvait à la même époque chez le Willem Breuker Kollektief. Une pièce maîtresse d’une discographie impeccable, pour un orchestre solide auquel la scène jazz européenne actuelle doit beaucoup.

