Scènes

Vague de Jazz 2014 (3)

La voix est libre à Vague de Jazz


La soirée du 28 juillet est placée sous le signe de la voix. Trois prestations avec le verbe pour fil conducteur. La première est une mise en bouche sous forme de conférence sur Joni Mitchell par Frédéric Goaty, devant un public attentif.

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Roberto Negro sextet © Christian Taillemite

La seconde est la Loving Suite for Birdy So emmenée par le pianiste et compositeur Roberto Negro. Sur les textes tendres et décalés de Xavier Machault, présent dans la salle, c’est une véritable déclaration d’amour qui est mise en scène. Le spectacle est de ceux qu’on n’oublie pas. Tous les ingrédients sont réunis ; le texte, la musique, la mise en scène, l’humour, la tendresse, le sucré, le salé. Les sonorités surprenantes du guitariste Federico Casagrande au toucher classique, passent du steel drum à l’orgue Hammond. Le trio de cordes composé de Nicolas Bianco à la contrebasse, Valentin Ceccaldi au violoncelle et Théo Ceccaldi au violon assure la rythmique, le symphonique, les nappes sonores, enrobe le lyrisme débridé du piano ou lui répond. Cet orchestre très homogène et réactif illustre parfaitement les petites saynètes chantées par Elise Caron, particulièrement en forme. Tour à tour volage, tonnerre, titubante ou virevoltante, elle chante et joue, interprète au mot près cette histoire d’amour magnifiée. Pour parfaire le spectacle, entre deux volutes musicales, une chorégraphie des frères Ceccaldi provoque les rires les plus fous.


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Edward Perraud et Philippe Torreton © Christian Taillemite

Passé l’entracte, c’est au tour du duo inédit Mec ! de prendre la parole. Philippe Torreton déclame les chansons d’Allain Leprest en miroir avec les percussions d’Edward Perraud. Etonnant duo que ces deux musiciens sur scène qui, sans chanter les paroles, créent une musique originale sur des textes aux accents de mort, de plaines désolées, de quidams tristes, de putains fatiguées, de poivrots tendres.

C’est leur deuxième prestation, une tournée de trente dates est prévue cet automne. Edward Perraud, sans jamais chercher à illustrer de façon didactique les images évoquées, offre un contrepoint rythmique à la scansion théâtrale et profonde de Philippe Torreton, qui se coule avec aisance dans les personnages des petites histoires. Allain Leprest, chanteur et parolier qui s’est suicidé en 2011, a trouvé là deux porte-voix de premier ordre. La lumière travaillée pour ce spectacle joue un rôle non négligeable ; la captation sonore et le traitement minutieux assurés par l’incorruptible Boris Darley rendent la musique et le texte d’une belle limpidité.