Chronique

Vicente/Brice/Sanders

Unnavigable Tributaries

Luís Vicente (tp), Olie Brice (b), Mark Sanders (dm)

Label / Distribution : Multikulti Project

Unnavigable Tributaries. Affluents non navigables. Passage interdit. Si lorsque vous naviguez, il semble judicieux de suivre les indications de la capitainerie tant il peut parfois être dangereux de sortir des sentiers battus, il en est autrement en musique. Cela peut même produire des choses inouïes, insoupçonnées. Luís Vicente, Olie Brice et Mark Sanders font partie de cette troupe de musiciens qui osent. Ils naviguent en territoire inconnu, improvisant au fil de l’eau, dopés à la rencontre et à l’instant présent.

On les retrouve ici en mai 2019 lors d’une tournée d’une semaine au Portugal dont l’enregistrement d’Unnavigable Tributaries à Lisbonne fut l’apothéose. Une parenthèse enchantée dont le souvenir reste très vivace dans les mémoires des musiciens, comme le souligne Olie Brice dans les notes de pochette. La musique présente sur l’album semble refléter l’esprit de ce moment : amitié, plaisir et partage. À l’origine de ce trio et de cette tournée portugaise, Luís Vicente, de sa trompette tantôt feutrée, tantôt stridente, paraît également initier le propos musical, donnant une couleur à chaque fois différente aux morceaux : l’introspectif « Côa », l’impétueux « Tua », le sémillant « Sabor » ou le troublant « Tavora ». La musique progresse alors à tâtons, aiguillée par la batterie subtile de Sanders et la contrebasse minimaliste de Brice. Mais ici point de leader. La musique se partage et le leadership fluctue en fonction des prises de parole des uns et des autres. On s’écoute et on se répond. On s’observe avec bienveillance. La confiance en ses partenaires fait le reste. Unnavigable Tributaries reflète la joie de faire de la musique ensemble et de la partager. Simplement. En ces temps d’isolement et de solitude forcée, cela ne se refuse pas.

par Julien Aunos // Publié le 30 mai 2021
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