Chronique

Aruán Ortiz Trio

Hidden Voices

Aruán Ortiz (p), Eric Revis (b), Gerald Cleaver (dm)

Label / Distribution : Intakt/Orkhestra

Croisé récemment au sein de l’Equality Quartet du batteur Nasheet Waits (en compagnie de Mark Hélias et de Darius Jones), Aruán Ortiz est un pianiste et compositeur cubain relativement peu connu en Europe. Après plusieurs enregistrements en solo, en quartet ou avec des formations plus élargies, il revient à la formule nue du trio qu’il avait déjà éprouvée en 2004 sur l’album Aruán Ortiz Trio Vol. 1 en compagnie de Peter Slavov à la contrebasse et de Francisco Mela à la batterie. Ici, c’est avec la paire rythmique Eric Revis / Gerald Cleaver, membres éminents de la scène jazz new-yorkaise qu’Ortiz fréquente assidûment, qu’il croise le fer.

Hidden Voices est passionnant de bout en bout. L’album fait la part belle aux compositions dédaléennes et nerveuses d’Ortiz. « Skippy » de Thelonious Monk et le medley « Open and Close » / « The Sphinx » d’Ornette Coleman viennent pimenter le tout. Le choix de ces thèmes montre d’où provient la musique du pianiste. Elle emprunte autant à une certaine tradition moderniste incarnée par l’un des inventeurs du be bop autant qu’à la liberté originelle du free jazz colemanien. On retrouve d’ailleurs l’influence de Monk dans le jeu très percussif d’Aruán Ortiz. Le recours aux notes les plus graves du clavier combiné à une main gauche très lourde rappelle également Muhal Richard Abrams, l’un des maîtres du piano free et mentor attitré d’Ortiz. Ajoutez à tout ça les influences caribéennes du bonhomme (que l’on entend en filigrane tout au long de l’album) et vous obtenez un jeu de piano original et complexe au service d’une musique bouillonnante, intrépide et furieusement libre. Eric Revis et Gerald Cleaver s’approprient totalement le propos du compositeur et apportent, chacun à leur manière, beaucoup de profondeur et de finesse à l’ensemble.