Chronique

Borghini & Banquet of Consequences

Resta Chi Va

Antonio Borghini (b), Pierre Borel (as), Tobias Delius (ts), Anıl Eraslan (cello), Rieko Okuda (p), Steve Heather (dms)

Label / Distribution : We Insist !

Enregistré dans le beau lieu berlinois qu’est le studio Zentrifuge, quelques mois après un premier disque remarqué, le nouvel album du sextet du contrebassiste Antonio Borghini garde la même élégance travaillée que Banquet of Consequences. Ce n’est pas anodin, d’ailleurs, si l’orchestre a pris le nom de ce premier album : résolument tourné vers un free jazz envisagé comme une tradition qui se révère, Resta Chi Va est l’occasion de redécouvrir le formidable moteur du sextet. « Inapropriation », le meilleur morceau de cet album, est l’occasion de faire briller les deux soufflants, Pierre Borel au saxophone alto et Tobias Delius au ténor, bien appuyés sur une mécanique impeccable qui permet toutes les courses sécantes et les lignes brisées. La force en vient d’abord du travail de Borghini à la contrebasse, solide et irréfragable, mais aussi de son entente millimétrée avec le batteur Steve Heather qui joue simple et juste, s’offrant quelques digressions de cymbales qui servent d’abord le collectif.

C’est, comme toujours, le piano de Rieko Okuda qui est le grand régulateur d’une formation qui joue ensemble avec un plaisir mordant. « Escargot à la Rostropovič » et son engagement très contemporain, fort d’une discussion avec l’archet du violoncelle du remarquable Anıl Eraslan, offre quelques teintes de tango transformiste vite travaillées par un piano cascadeur. Lorsque Borghini vient appuyer le discours en quelques pizzicati autoritaires, c’est tout le propos qui se tourne vers un abstrait régulé par la batterie et souligné par la clarinette de Delius.

Paru sur l’excellent label italien WeInsist !, Resta Chi Va est à l’image d’un premier album où l’architecture sobre du sextet permet d’embrasser toutes sortes de directions et d’envies sans rien perdre d’une boussole entièrement orientée vers la direction du free. « Société de la solidarité linguistique », dernier plat de ce joli banquet servi sur un luxueux bateau de croisière, illustre cette route où Antonio Borghini, tout comme Pierre Borel, est comme chez lui, dominant les vents contraires et les turbulences comme on chevauche une monture à peine débourrée.

par Franpi Barriaux // Publié le 5 avril 2026
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