Chronique

Centrifugal Quartet

Industry

Jeb Bishop (tb), Mia Dyberg (ts), Antonio Borghini (b), Michael Griener (d)

Label / Distribution : Fundacja Słuchaj

Quelques années après un premier Centrifugal Trio enregistré à Berlin pour le compte du beau label texan Astral Spirits, c’est avec beaucoup d’excitation et une certaine logique que nous retrouvons le tromboniste de Chicago Jeb Bishop en terres européennes. Toujours aux côtés du batteur Michael Griener et du contrebassiste Antonio Borghini, c’est désormais en quartet que l’orchestre s’exprime, rejoint par une autre soufflante, la saxophoniste danoise Mia Dyberg. De quoi convoquer à Berlin presque toute l’Europe, puisque c’est le label polonais Fundacja Słuchaj ! qui se charge de la parution. Une augmentation gagnante si l’on en croit les premières notes de cet Industry : sur « Industry 2 » le travail très opiniâtre de Griener sur ses peaux permet de faire naître un dialogue insatiable entre le jeu très anguleux de Dyberg et la fougue coutumière de Bishop. Les deux soufflant·es ont en commun le travail avec un autre tromboniste, Matthias Müller, et c’est une même esthétique, celle d’un free jazz rugueux et direct qui les rassemble.

Pensé en un seul bloc mais divisé en quatre parties comme on découpe des actes théâtraux, Industry est l’occasion pour chacun des solistes de s’exprimer et de tracer un chemin. On remarquera ainsi, dans cette même seconde partie courte et intense, le travail à l’archet de Borghini et son dialogue avec Bishop. On louera également la relation très sensible du contrebassiste italien installé à Berlin avec Michael Griener, plutôt habitué à travailler avec Jan Roder mais qui, sur « Industry 3 », fait feu de tout bois avec le contrebassiste de Banquet of Consequences. Il y a un sens du dialogue et des dispositifs de tension dans ce quartet qui rend tout ceci naturel, et l’omniprésence de Jeb Bishop n’y est pas étrangère.

Bishop est un enthousiaste, mais surtout un monstre de précision à la coulisse. Ses notes sont toujours hyper précises et incisives, appuyant rythmiquement la frappe de Griener puis digressant aussitôt pour donner davantage de mouvement. Cette sensation d’agitation hyper contrôlée, qui va jusqu’au point de rupture sans jamais le dépasser est une des clés d’un album roboratif et désinvolte malgré son vernis parfois austère. L’occasion sans doute de mieux le faire voler en éclats, à l’image du long « Industry 4 » qui s’ouvre sur l’archet avant d’évoluer vers un dialogue collectif chaleureux ponctué par l’impeccable batterie.

par Franpi Barriaux // Publié le 14 juin 2026
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