Chronique

Dave Rempis Earscratchers

Otolith

Dave Rempis (as, ts, ss), Elizabeth Harnik (p), Fred Lonberg-Holm (cello), Tim Daisy (d)

Label / Distribution : Aerophonic

L’otolithe, c’est ce qui sert à l’oreille interne à équilibrer le corps, à éviter la chute et les vertiges. Et si l’on avait envie de vertiges ? Il faudrait bousculer cet otolith(e), ce que le bon auditeur de musiques créatives ne manque pas de faire dès le réveil. Il peut compter de manière certaine sur le saxophoniste Dave Rempis pour l’accompagner dans ce tourbillon. Soufflant incandescent, le patron du label Aerophonic, qui documente ses aventures musicales et celle d’une certaine scène de Chicago, est à son aise dans l’exercice qui consiste à secouer les oreilles volontaires au gré d’une écoute profonde. Entouré en quartet de ses Earscratchers, ses cureurs d’oreille prêts à filer la métaphore, il livre un nouvel album à la fois puissant et très fin, à l’image du long « The Attic And The Atrium » qui évoque à la fois l’oreille et le cœur, soit les deux organes bruts nécessaires pour la musique.

Dans cet exercice, Rempis est bien aidé par le violoncelle de Fred Lonberg-Holm qui tutoie parfois le silence dans un mouvement d’archet ou par les grouillements de ses pizzicati. Il y a une vraie tension dans cet exercice où l’alto se frotte à une masse électrique qu’accommode la batterie et les objets de Tim Daisy. Ce qui pourrait n’être qu’un dialogue entre saxophone et violoncelle gagne en relief avec les autres membres d’Earscratchers ; et c’est la pianiste Elisabeth Harnik qui rompt la chape de plomb pesant sur les mouvements lents de ses comparses et libère la fureur dans le dernier tiers du morceau. C’est alors une débâcle féconde où piano et alto se bousculent avec ferveur.

« Ossicles », le second morceau, est un feu qui couve. Harnik et Lonberg-Holm s’allient pour porter au rouge le métal brûlant du saxophone. La pianiste est ici décisive, elle le sera encore dans « Umbo », le morceau final où la lourdeur de sa main gauche fait merveille. Album dense et à fleur de peau, Otolith est un bel échantillon de ce que peut produire le fructueux label Aerophonic à qui il convient de faire des visites régulières.

par Franpi Barriaux // Publié le 23 novembre 2025
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