Tribune

Il n’y a plus d’après Gréco

Juliette Gréco (1927-2020) était un personnage comme on n’en fait plus.


Juliette Gréco en 2002 © Michel Laborde

La disparition à 93 ans de Juliette Gréco laisse un étrange sentiment. Si la chanteuse n’a pas fait carrière dans le jazz, elle y est pourtant intimement liée, et pas seulement par sa relation avec Miles Davis. On a l’impression de l’avoir toujours connue et pour les amateur.trice.s de jazz, on l’associe sans hésiter une seconde à l’histoire de cette musique.

Hommage à Gréco. Collage de Yann Bagot.

Et pourtant, ce ne sont que quelques années d’après-guerre, quelques petites années à Saint-Germain des Prés pendant lesquelles Juliette Gréco rencontre, côtoie et inspire certaines personnalités les plus surprenantes de cette époque : Miles Davis, Charlie Parker, Duke Ellington, Boris Vian, Jean-Paul Sartre, Anne-Marie Cazalis...
Bien que née à Montpellier, Gréco a déclaré avoir eu le sentiment de réellement voir le jour à Paris, dans ce vivier culturel où la littérature, la philosophie et le jazz se répondaient dans une commune soif de liberté. Par sa façon de toujours narguer le hasard et les circonstances de la vie d’un « pourquoi pas ? », Juliette Gréco a tout à voir avec le jazz. Sans jamais tenter d’en être une égérie, elle en a reçu le caractère, au point que l’évocation de son nom, mieux qu’un symbole, résonne aujourd’hui comme un standard.

Alors, c’est une bonne situation, ça, « muse » ?

De cette période, on trouve de nombreuses photos, dont la plus connue est certainement celle-ci réunissant (de gauche à droite) : Tommy Potter, Boris Vian, Kenny Dorham, Juliette Gréco, Miles Davis, Michelle Vian et Charlie Parker.
Son idylle avec Miles Davis restera légendaire et lui collera à la peau toute sa vie. Une bande-dessinée Miles et Juliette est entièrement consacrée aux quelques semaines qui ont vus les deux amants réunis. Quand Sartre lui demanda pourquoi ne pas épouser Juliette, le trompettiste répondit « Parce que je l’aime ».

Finalement, c’est la chanson française et le cinéma qui feront d’elle la grande dame que l’on connaît. Lorsqu’elle commence la chanson, totalement par hasard, elle est déjà une figure de Saint-Germain des Prés. D’un seul « Pourquoi pas toi ? », Marc Doelnitz l’embarque dans l’aventure de la réouverture du cabaret le Bœuf sur le Toit. Gréco a alors une semaine pour trouver une idée de numéro à proposer. Face à son désarroi, Anne-Marie Cazalis lui propose de chanter. Un dîner avec Jean-Paul Sartre suivi d’une rencontre avec Joseph Kosma conduisent Juliette Gréco sur scène le 22 juin 1949 pour interpréter « Si tu t’imagines » et ouvrir ainsi la première page d’une carrière. Celle d’une chanteuse engagée, libre et fière. L’année suivante elle sort son premier disque, dont Kosma signe toutes les musiques, sur des textes de Sartre, Queneau, ou encore Vian, celui à qui elle doit d’avoir retrouvé la parole, rien de moins.

Elle aura marqué l’histoire du jazz par sa présence aussi éphémère que légendaire et finalement, le plus bel hommage qui puisse lui être rendu, c’est le jazz.

Et pour illustrer un disque sur le jazz à Paris, c’est encore un cliché de Jean-Pierre Leloir, avec Miles Davis et Juliette Gréco, qui est choisi.