Chronique

Ivo Perelman & Arcado String Trio

Deep Resonance

Ivo Perelman (ts), Mark Feldman (vln), William H Roberts (cello), Mark Dresser (b)

Label / Distribution : Fundacja Słuchaj

L’Arcado String Trio s’est reformé, avec sa composition initiale, à l’occasion de cet album. Il avait fonctionné de 1989 à 1993, William H. Roberts étant remplacé par Ernst Reijseger au cours de cette période. Certains des musiciens de ce trio ont, par ailleurs, déjà enregistré avec le sax ténor.

Ce qu’on retient d’emblée, c’est la plénitude de ce trio. Il a un son, indéniablement : attaques, déploiement des timbres, couleurs... Il offre une complémentarité saisissante entre ses membres dans l’imbrication des phrases, des modes de jeu. Ils proposent une musique improvisée de chambre, originale, aux saveurs qui rappellent par moments celles de quatuors à cordes dédiés aux compositions contemporaines, mais avec un équilibre différent. Et avec un Mark Dresser omniprésent, surtout lorsqu’il choisit le pizzicato, on s’en éloigne grandement. Il arrive même que ce trio swingue, comme dans « Resonance 1 », certes d’une manière suggérée et fugace.

L’intérêt d’Ivo Perelman pour les cordes n’est pas nouveau. Il n’est que de se souvenir de la série des Strings (même si le pluriel est parfois abusif), dont certains ont été chroniqués ici, ainsi que du récent Strings and Voices Project.
Avec un trio doté d’une telle identité, le saxophoniste aurait pu opter pour un duo (le trio pris comme un instrument unique), voire comme une forme d’écrin pour sa propre musique. Il a choisi le quartette, sa voix venant se mêler à parité avec celle des trois autres.
Il est servi par son goût pour des notes légèrement décalées, qui semblent se glisser hors des gammes, qui s’en évadent avec des accents troublants, ce qui se rapproche des jeux possibles sur les cordes. C’est ce que ne se prive pas de faire Mark Feldman en reprenant les chants décalés du sax, en particulier sur cette même première piste et en profitant pour entamer un échange serré avec lui.
De plus, son discours est finalement assez mélodique (à sa manière), suave parfois, n’hésitant pas à visiter par moments un certain lyrisme d’antan, avec des timbres presque doux.

Cet album nous offre ainsi un entrelacement de chants, de caresses où cordes et souffles se frôlent, s’emmêlent, s’excitent, dans une profusion d’émergences, de pépiements, d’excitations d’essaims, de micro percussions sur les cordes. Une sorte de danse où les corps s’éloigneraient peu, voire resteraient toujours en contact. « Resonance 3 » en est une superbe illustration.

Et « Resonance 4 » démarre sur un festival de pizzicati, de quasi-chants d’oiseaux, de glissandi, avec une pulsation obsédante de la basse, des percussions sur le bois et les cordes du violoncelle de William H. Roberts, invitant Ivo Perelman à un dialogue étourdissant avec le violon, le violoncelle. Un moment dont il ne faut certainement pas vous priver.
Ces chants à quatre sont foisonnants et d’une richesse de timbres étonnante. Davantage que l’écoute, il vous faudrait devenir le cinquième membre de ce quartette en vous mettant vous aussi en « Résonance Profonde ».
C’est un album phare de cette rentrée.

Il est disponible en format CD ainsi qu’en version téléchargeable, en particulier sur Bandcamp

par Guy Sitruk // Publié le 25 octobre 2020
P.-S. :