Chronique

Léandre, Anker, Osgood

WORLDS

Joëlle Léandre (b), Lotte Anker (as), Kresten Osgood (d)

Label / Distribution : Fundacja Słuchaj

C’est toujours avec curiosité et plaisir que l’on suit les rencontres diverses de Joëlle Léandre avec la fine fleur de l’improvisation mondiale. En 2023, à l’occasion d’un festival à Copenhague, scène vivace s’il en est, c’est en trio que nous découvrons la contrebassiste avec des musiciens bien connus de notre journal, pour en avoir fait la UNE. Qui dit trio à Copenhague, dit presque sans risque de se tromper Kresten Osgood. Le batteur se fait très inventif, jouant surtout sur ses toms pour user d’une forte entropie qui ne cherche pas, dans « World 1 », à renverser la table. À ses côtés, Joëlle Léandre joue d’abord de l’archet avant de donner de la voix, dans une atmosphère entêtante où le silence peut s’avérer pesant. Un silence à sculpter, malléable mais dense, où le saxophone aux teintes acides de Lotte Anker se révèle très astringent.

C’est le premier monde de Worlds, une galaxie qui en comprend trois. Ce premier monde est vaste, important et dominateur, même s’il ressemble parfois à un grand round d’observation, chacun épiant l’autre dans une économie de mouvements et une tension palpable. Un climat où s’épanouit Lotte Anker et qui se propage aux autres mondes comme une lente vague tellurique. Une force que l’on avait déjà pu entendre chez la saxophoniste lorsqu’elle jouait dans le Pan-Scan Ensemble ou avec Fred Lonberg-Holm. Ainsi « World 2 », qui commence dans les effleurements de cordes et de peaux, se met à grossir comme un torrent furieux sous la férule de la saxophoniste et ses caresses rugueuses et explosives.

La déflagration, c’est l’apanage du court « World 3 », un concentré nerveux des stades précédents. Toujours à l’archet, comme un animal aux aguets, la contrebasse joue à fleuret moucheté avec un soprano agile. À mesure que la batterie de Kresten Osgood va entrer en jeu, pressant Lotte Anker avec une certaine insistance, la tempête va se déchaîner, insidieuse mais lumineuse. Ce disque, paru chez nos amis polonais de la Fundacia Słuchaj, est le beau témoignage d’une rencontre.

par Franpi Barriaux // Publié le 9 novembre 2025
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