Edward Perraud
De l’ombre à l’aube
Bruno Angelini (p), Arnault Cuisinier (b), Edward Perraud (dm)
Label / Distribution : Label Bleu
S’il est une thématique scientifique qui a inspiré l’art, c’est bien la théorie de la relativité générale. Sans hiérarchie de valeur, on pourrait classer les œuvres les plus emblématiques qui s’y rattachent selon la volonté de leurs auteurs - et la limite de leur compréhension - de coller plus ou moins fidèlement à l’exactitude du propos d’Einstein.
Il y eut la synthèse absolue avec Salvador Dalí, dont les montres molles pourraient presque servir de logo à la théorie. Il y eut l’expérimentation de la relativité du temps avec les représentations gargantuesques d’Einstein On The Beach de Philip Glass. Il y eut enfin le didactisme surréaliste, harassant mais diablement efficace, du Jerusalem d’Alan Moore.
C’est l’approche poétique qu’a choisie Edward Perraud avec le format du trio pour une trilogie. Après un premier volume, Espaces (2018), puis un deuxième, Hors-temps (2021), voici De l’ombre à l’aube. Ici, la lumière est évoquée davantage dans son acception symbolique que scientifique : il est question d’espoir, voire de révélation, lorsque Perraud se remémore, dans le livret, ce qu’il a ressenti en visitant la maison de Victor Hugo à Guernesey.
Autour de cet argument, le batteur, entouré comme dans Hors-temps de Bruno Angelini et Arnault Cuisinier, signe un album très réussi qui déroule et rafraîchit toute la grammaire du sacro-saint trio piano/basse/batterie. Perraud s’illustre ici comme mélodiste, avec des pièces d’une beauté confondante telles qu’ « Exil », « Clair-obscur » ou « Lueurs célestes », où l’on retrouve quelque chose du « Smile » de Chaplin. On pense autant au trio Kühn/Jenny-Clark/Humair qu’à Paul Bley, dont on perçoit une filiation dans le jeu lyrique mais économe d’Angelini.

