
Kaze + Koichi Mikagami
Shishiodoshi
Satoko Fujii (p), Natsuki Tamura (tp), Christian Pruvost (tp), Peter Orins (d) + Koichi Mikagami (voc)
Label / Distribution : Circum Disc
Il est des orchestres sur lesquels le temps semble n’avoir pas de prise. Voici quinze ans – et neuf albums ! - que nous découvrons les disques de Kaze, quartet assez unique dans le paysage, en ceci qu’il regroupe quatre duos totalement fusionnels et interdépendants. Folie des nombres ? Non, commutabilité des musiciens avec Satoko Fujii et son compagnon le trompettiste Natsuki Tamura d’un côté, Peter Orins et son camarade Christian Pruvost à la trompette de l’autre. Le dialogue entre trompettistes est certainement l’une des clés de la longévité de cet orchestre : à la chaleur du son de Pruvost répond le travail très étendu de Tamura. Le piano de Fujii et la batterie d’Orins rivalisent d’abnégation et sont les maîtres de l’orage et de la tempête. Tout Kaze est une histoire de vents et c’est naturel [1]. Mais ils ne sont plus seuls : comme avec Ikue Mori à l’occasion de Crustal Movement, Kaze invite une figure de la scène japonaise parmi les plus iconoclastes : le chanteur Koichi Mikagami.
On voudrait trouver les mots pour décrire la personnalité et le champ d’action de l’invité, mais ils ne suffisent pas toujours ; on se souviendra d’un orchestre marquant des années 70 radicales au Japon avec le groupe de rock Tokyo Kid Brothers. Il reste également connu pour Betsuni Nanmo Klezmer qui fit les belles heures de la sono mondiale dans les années 90. Plus globalement, à l’écoute de Shishiodoshi 鹿威し [2], on comprend que le personnage ne rentre pas dans les cases. Il rivalise de souffle avec les trompettes, inventant un langage, convoquant les échappements des autos ou les sifflements de perruches, le tout avec un grand sens du théâtral, mimant le Nô, grattant l’écume des onomatopées avec un sens du burlesque qui ne peut qu’être le fruit d’un grand sérieux. Sans changer la formule de Kaze, Mikagami permet de franchir de nouveaux horizons, ne perdant rien des moments plus contemplatifs, lorsque Fujii et Tamura se retrouvent, au centre du morceau titre, qui impose un pôle de douceur dans l’urgence environnante.
À lui seul, « …Make a Change » symbolise un album âpre mais empli de fulgurances. Mikagami y fait feu de tout bois, entraînant le quartet dans un tumulte tout à fait fascinant par son imagination et sa liberté, lorgnant vers les voix de dessin animé et une exubérance réjouissante. On sait que ce genre de rencontre a toujours permis à Kaze de se réinventer. Avec cet invité hors du commun, on peut dire que le quartet renoue avec une certaine idée du free jazz, dans toutes ses lettres de noblesse.

