Ullmann, Oberg, Fonda, Ulrich
New Conference Call
Gebhard Ullmann (ts), Uwe Oberg (p), Joe Fonda (b), Dieter Ulrich (d)
Label / Distribution : Hat Hut
Alors que le label HatHut semble renaître de ses cendres pour son demi-siècle, plusieurs musiciens marqués par le label à la tranche orange se signalent dans le catalogue pour la première fois. C’est le cas du saxophoniste allemand Gebhard Ullmann, dont le tropisme free, nourri par Joe McPhee comme par Ornette Coleman, trouve sa place avec justesse, caractérisé par une urgence qui trouve sa place dans un quartet plus que luxueux (« You Falled Us »). Car l’orchestre à qui l’on doit New Conference Call est de ceux dont on se souvient par sa cohérence. Mené par le grand pianiste allemand Uwe Oberg, à la main gauche surpuissante, le quartet incarne la quintessence d’un propos également marqué par l’improvisation européenne et les aventures libertaires étasuniennes. En témoigne la grande complicité organique entre le pianiste et le contrebassiste Joe Fonda qu’on retrouvait déjà ensemble en trio au début de la décennie.
Le dialogue entre ces deux-ci est très construit et constitue le squelette d’un orchestre qui est pourtant la continuation de Conference Call, un quartet pensé par Ullmann et Fonda, et qui depuis le début du siècle a accuelli Han Bennink ou George Schuller. C’est le multianchiste qui signe la plupart des morceaux, comme ce « To be Ornette to be » tellement référentiel, tout en urgence et en fulgurance, mais l’arrivée d’Oberg, et la placidité qu’il met dans son jeu d’équilibriste. « Maneri-Sms », dédié à Joe Maneri, l’illustre bien : le jeu du saxophoniste est tout en tension, toujours soutenu par la grande diversité du batteur suisse Dieter Ulrich, vieux complice d’Omri Ziegele. Mais ce sont piano et contrebasse qui travaillent la mécanique du qui-vive, à l’urgence toujours renouvelée.
Avec New Conference Call, HatHut se positionne de nouveau parmi les têtes chercheuses européennes, avec ce souci permanent de l’élégance. C’est tout le sujet de « Structure N°2 » avec ses instants plus abstraits sur la contrebasse de Fonda que le piano d’Oberg déconstruit peu à peu, non sans fouiller les entrailles de son piano. La dynamique en action ici est des plus réjouissantes. On est heureux de retrouver de tels musiciens ensemble, sur un label aussi prestigieux.
