Scènes

Daniel Humair & Guests : Panoramas

Entre musiques et peintures, retour sur une soirée toute en mouvement.


Photo © Christophe Charpenel

Le vendredi 20 octobre dernier, l’Opéra de Lyon accueillait Daniel Humair pour une soirée exceptionnelle, intitulée pour l’occasion « Panoramas ». Un titre qui évoque à la fois la soirée protéiforme du vendredi, et l’exposition de peintures du batteur que l’Opéra accueille un mois durant.

Après une résidence de trois jours en début d’année dans la salle de l’Amphi, cette fois c’est dans la grande salle de l’Opéra que le batteur a eu carte blanche le temps d’un soir. Au total, trois formations, au cours de deux sets de 50 minutes chaque.


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Photo © Christophe Charpenel

On commence avec un trio qui n’en est pas à son coup d’essai, avec Bruno Chevillon à la contrebasse et Michel Portal à la clarinette basse et au bandonéon. Une formation qui fait mouche à chacune de ses réunions, portée par la joie manifeste de jouer ensemble. Daniel Humair, très en forme, semble prendre un plaisir immense à promener ses baguettes sur son imposante batterie. Modulant le tempo, c’est toute la musique qui se balance sur les vagues qu’il produit derrière ses toms, avec cette belle gestuelle qui lui est propre. Michel Portal vit la musique si intensément qu’on a l’impression qu’elle le traverse tout entier, et il ne manque pas une occasion de jouer avec le public, de l’inviter à la fête. Comme toujours, le magicien Bruno Chevillon fait des merveilles, et plus d’une fois captive la salle par son jeu de contrebasse réellement impressionnant de maîtrise, de puissance et de clarté. Le trio est rejoint à mi-concert par Stefano di Battista le temps d’un titre en quartet, puis c’est Portal qui s’effacera de la scène pour qu’un nouveau trio s’élance sur des standards rajeunis et parfois méconnaissables, notamment une « Petite Fleur » ou un « Blue Monk » d’une telle fraîcheur qu’on les croirait tout juste écrits.


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Photo © Gérard Boisnel

Un bref entracte plus tard, ce sont les protagonistes du dernier album, Modern Art, Vincent Lê Quang et Stéphane Kérecki, qui rejoignent Daniel Humair. Autant dire que le concert est très attendu, le disque faisant l’unanimité à juste titre. Mais la soirée étant placée sous le signe de la nouveauté : un quatrième musicien se joint à la bande, en la personne de Samuel Blaser au trombone. C’est donc un quartet qui vient pour l’occasion proposer une tranche de Modern Art. L’ajout du trombone réoriente le propos de l’œuvre en ajoutant sa palette de couleurs, et c’est une vraie nouveauté, avec la part de risques que cela implique. Mais le batteur n’est pas de ceux qui s’épanouissent en jouant la sécurité : le risque devient un atout et permet bien des révélations créatives. Un concert majestueux, une ode à l’art pictural rendue possible par la générosité de musiciens faiseurs d’images, clos par un rappel épique réunissant tous les acteurs de la soirée, pour la première fois tous ensemble sur scène.
Une soirée marquante, laissant un public pétri d’enthousiasme. Peu d’artistes ont cette force, ce potentiel créatif, cette remise en question permanente qui se passe d’acquis et préfère toujours l’inconnu. Daniel Humair est de ceux là : il génère une osmose particulière au sein des formations qu’il réunit, pour à chaque fois en faire un instant unique.
A la suite d’un tel concert, le batteur nous laisse des images plein la tête, mais aussi sur les murs de l’Amphi, dans les sous sols de l’Opéra. Jusqu’au 25 novembre, on peut admirer une sélection de toiles et papiers de l’artiste, présentant des formes qu’on dirait insaisissables, capturées en pleine course. Un peu comme la carrière de Daniel Humair, sans cesse en mouvement.