Gerry Hemingway
Live at Bau 4
Gerry Hemingway (d), Izumi Kimura (p), Frank Gratkowski (cl, bcl, as, fl), Christian Weber (b).
Label / Distribution : Hat Hut
C’est toujours une belle surprise de retrouver Gerry Hemingway entouré de fidèles, pour célébrer un lieu, Bau 4, installé non loin de Lucerne, où il a élu domicile depuis tant d’années maintenant. Une rencontre sans enjeu, sinon se faire plaisir, avec des compagnons acquis à sa musique, comme le soulignera « Bau 4 Assembly », sans doute le morceau le plus profond de ce disque. Qui sont ces musiciens ? Izumi Kimura d’abord, la pianiste au jeu si fin avec qui le percussionniste travaille depuis quelques années, notamment en duo. Ici, elle tient une ligne, jouant avec parcimonie comme pour souligner l’incroyable travail d’archet de Christian Weber à la contrebasse et agir en parallèle avec Hemingway, toujours aussi musical. Il y a dans la construction des morceaux de Gerry Hemingway une gravité, une densité qui tient de la peinture, ou à tout prendre du travail du plasticien qui a ici toute son importance. Jusque dans l’entropie qu’apportent les anches de Frank Gratkowski, qu’on est heureux de retrouver ici.
Comme l’indiquent les traditionnelles et éclairantes notes de pochette du label Hat-Hut, qui renaît de ses cendres à l’occasion de ses 50 ans, ces quatre fidèles n’avaient jamais joué tous ensemble, et l’occasion nous donne envie de les entendre davantage. On sait, au moins depuis le Frank Gratkowski Trio du milieu des années 90 que Hemingway et lui sont comme le propane et l’allumette. Le son rauque, volontiers agressif de la clarinette basse sur le roboratif « Slivers » qui ouvre l’album est à cette image, mais la contrebasse de Weber vient offrir une profondeur supplémentaire. Les couleurs voulues par le batteur, d’abord assez tranchées, se parent de nuances que batterie et contrebasse travaillent pendant que le saxophone cherche davantage l’érosion de la masse sonore et une multitude de détails qui évoluent, comme une œuvre en constant mouvement.
Il y a un véritable équilibre dans ce quartet d’Hemingway, qui agit comme une ligne de force. Si Kimura joue avec beaucoup de retenue sur « Slivers », se mêlant aux percussions, Hemingway et elle offrent avec « Third Story Variation » la grande solidité de leur duo, comme des pistes à creuser par les deux autres convives. Live at Bau 4 est une captation riche qui témoigne de la grande modernité et de la grande intelligence de la musique de Gerry Hemingway, jouée comme à la maison, avec une grande spontanéité.

