Chronique

House of Echo

Echoïdes

Enzo Carniel (p), Marc-Antoine Perrio (g), Simon Talleu (b), Ariel Tessier (dms)

Label / Distribution : Jazz&People

La House of Echo du pianiste Enzo Carniel et du guitariste Marc-Antoine Perrio n’est pas neuve, c’est même ce qui fait son charme. Ce n’est pas une simple chambre, c’est une maison entière, avec tout le confort moderne mais quelques pignons joliment rouillés, patinés par le temps, altérés par des climats extrêmes plus qu’hostiles, entre la canicule entretenue par une guitare faussement languide et la pluie insistant sur un clavier très simplement préparé pour coller aux cordes avoisinantes. C’est exactement ce que suggère la petite suite « Everything Is… In Right Proportion » au centre de l’album : un piano très concertant à la main gauche omniprésente mais peu appuyée, doublé par une guitare cristalline. L’électricité est translucide comme du brouillard. Elle sécrète une sorte de liant organique entre Carniel et la batterie d’Ariel Tessier, qui se concentre sur ses cymbales et ne frappe jamais trop fort, pour ne pas casser le sentiment de demi-sommeil halluciné qui saisit tout au long de l’album. Il est d’autant plus fort qu’il peut avoir parfois quelques soubresauts nerveux, qui frôlent le réveil en sursaut.

La bâtisse d’Enzo Carniel a rétréci depuis le premier House of Echo, il y a presque quatre ans. Rien à voir avec L’écume des jours : la cure d’amaigrissement lui est plutôt profitable. On perçoit, dans un morceau torride comme « Illiados » que le choix de réduire la voilure traduit un désir de se concentrer sur l’essentiel, la relation quasi mimétique d’un quartet où la contrebasse de Simon Tailleu a la discrétion d’un mur porteur, indispensable mais invisible, dilué dans le jeu de masques auquel se livrent ses camarades. Si l’espace entre les musiciens a réduit, dans une proximité qui frôle le corps à corps, la surface a paradoxalement pris de l’ampleur, l’horizon est débouché, la lumière est intense, souvent porté par Perrio. C’est l’objet de ces « Métamorphoses ».

Depuis ses Érosions, parues en 2015, le jeu du pianiste s’est lui aussi affiné. Il prend le temps de travailler la matière, s’intéresse à des timbres minéraux, ne déroge pas à la nécessaire simplicité. Il pourrait tout retourner en divers éclats virtuoses, cascades harmoniques et martèlement compris, mais s’en garde bien, comme en témoigne le court morceau solo qui donne son nom à Echoïdes. Ce nouvel album est un hymne à la beauté des déserts, aux rocailles, aux montagnes plombées de soleil qui cependant grouillent de vie et d’infiniment petit. C’est un jalon de plus dans une discographie très raffinée qui nous rappelle encore une fois que ce sudiste est un nom à suivre avec grande attention.

par Franpi Barriaux // Publié le 28 janvier 2018
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