Chronique

Olivier Laisney

Spectrum of Rebellion

OSLOOB (voc), Olivier Laisney (tp), Enzo Carniel (p), Étienne Renard (b), Stéphane Adsuar (d)

Label / Distribution : Onze heures onze

Désormais bien identifié dans le paysage français pour ses indéniables qualités d’instrumentiste, le trompettiste Olivier Laisney, qui joue notamment dans le quintet de Louis Sclavis, propose aujourd’hui un nouveau disque avec une formation dont il est le leader. Cinq ans après le notable Monks Of Nothingness, il revient défendre en quartet un répertoire hybride qui s’appuie sur des esthétiques nombreuses pourtant fondues dans un creuset commun.

Entouré en effet par des musiciens rompus à l’exercice d’un jazz contemporain dont Laisney aime - en praticien averti du travail de Malik Mezzadri - les modes complexes issus notamment des réflexions d’Olivier Messiaen, le quartet joue une musique polymorphe qui semble en mouvement permanent mais s’appuie sur une couleur d’ensemble. La batterie de Stéphane Adsuar, sèche et efficace, n’est pas sans rappeler les musiques urbaines actuelles ; ce choix se justifie d’autant mieux que la présence du rappeur et poète palestinien OSLOOB lorgne vers l’univers du hip-hop sans en être tout à fait.

Chaque voix révèle un monde qui lui est propre. Les textes chantés en arabe (traduits sur la pochette) apportent une dimension incarnée, acérée et frontale et d’une noirceur légitime (il y est question de la situation en Palestine) qui font bondir le groupe en avant. Dessous, ou plutôt autour – la musique n’est pas là pour servir de tapis au chanteur – tous se mettent en mouvement. Outre la rythmique solide de la batterie que complète la basse volontaire d’Étienne Renard, le piano et les claviers d’Enzo Carniel viennent contrebalancer le tout par des nappes ou des interventions à la main droite qui portent un contrepoint tonique mais doux et vaporeux. Au-dessus, discrète car jamais envahissante, la trompette développe un propos qui, s’il reste ferme, tient de la complainte. Par cette agglomération d’intentions a priori inconciliables, ce polygone orchestral hybride s’avance sur des territoires neufs qui n’appartiennent qu’à eux-mêmes et apporte un désaxé original à la production actuelle.

par Nicolas Dourlhès // Publié le 17 mai 2026
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