Chronique

Olga Amelchenko

Howling Silence

Olga Amelchenko (ts), Matthew Stevens (g), Enzo Carniel (p), Étienne Renard (b), Jesus Vega (d)

Label / Distribution : Edition Records

Installée en France depuis maintenant de nombreuses années, la saxophoniste Olga Amelchenko propose un second album studio avec, cette fois-ci, un orchestre marqué par un équilibre des forces transatlantiques, à la fois hexagonal et mexicano-canadien. On l’avait entendue il y a peu dans l’orchestre européen de Musina Ebobissé ou dans l’Orchid Big Band ; avec Howling Silence, la jeune femme d’origine russe retourne, après Slaying The Dream à sa propre écriture, pour des ballades amples et souvent assez douces avec un attelage rythmique solide ordonné par le batteur Jesus Vega, Californien résidant à Berlin depuis de nombreuses années. Avec Étienne Renard à la contrebasse, ils insufflent une grande énergie qui accompagne idéalement le jeu très lumineux et languide de la saxophoniste (« April »).

De facture assez classique, le disque est avant tout très chaleureux. Dans « May Have Forgotten This Way », on apprécie la douceur du timbre de l’alto qui donne au quintet un ton acidulé où la quiétude alentour ne couvre pas entièrement une pointe intranquille qui laisse pas mal de place à l’imaginaire. En effet, la collaboration d’Amelchenko avec le pianiste Enzo Carniel est un modèle d’harmonie, toujours très complémentaire, à l’image de ce que l’on découvre dans « When It’s Time to Say Goodbye », et ses allures de chanson pleine de nostalgie qui s’offre le temps long et s’avère être le morceau central de ce disque. Un pivot où le blues de la guitare électrique de Matthew Stevens, qui a joué récemment avec Terri Lyne Carrington ou Esperanza Spalding, s’impose à la toute fin.

Car en effet, face à la complicité Amelchenko/Carniel, en miroir, c’est le guitariste canadien Matthew Stevens qui apporte souvent une fêlure, quelque chose qui a à voir avec le spleen omniprésent dans tout l’album, et presque de la rupture dans sa première prise de parole sur « Howling Silence », le morceau-titre. Désormais, Olga Amelchenko est définitivement installée dans le paysage comme une sidewoman de luxe qui sait imposer sa propre parole. Disque d’une grande beauté formelle aux couleurs de crépuscule, Howling Silence est porté par le label Edition Records qui offre ici un beau panorama du talent de la saxophoniste.

par Franpi Barriaux // Publié le 9 novembre 2025
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