
Stéphane Kerecki
Liberation Songs
Stéphane Kerecki (b), Enzo Carniel (p), Federico Casagrande (g), Thomas Savy (clb), Fabrice Moreau (d) + Émile Parisien (ss), Airelle Besson (tp).
Label / Distribution : Self Two Music
On sait que Stéphane Kerecki est entré dans la cour des grands depuis un bon moment. Au cours des quinze dernières années, son travail a été salué dans ces colonnes à intervalles réguliers, qu’il soit leader ou compagnon de route. Et s’il est impossible ici de retracer le parcours exhaustif du contrebassiste, qu’on se souvienne tout de même de quelques albums remarquables comme Sound Architects (2012), Nouvelle vague (2014), French Touch (2018) ou Out Of The Silence (2022). Auxquels on ajoutera volontiers sa présence au sein du trio de Daniel Humair, pour Modern Art en 2017 ou Prismes à l’eau en 2024. Et qui peut avoir oublié Patience, son poignant duo en 2011 avec le regretté John Taylor, pianiste des élégances terrassé sur scène par une crise cardiaque à ses côtés quelques années plus tard ?
On imaginait volontiers que ce musicien accompli et attentif à la beauté du son, ouvert à bien des influences musicales, vouait une grande admiration à son illustre pair, Charlie Haden. Aussi, il n’est guère étonnant qu’avec l’appétit mélodique qui le caractérise, Stéphane Kerecki lui rende aujourd’hui hommage, et pas n’importe lequel, puisque c’est le répertoire du Liberation Music Orchestra qu’il a voulu célébrer avec un ensemble de haut vol composé pour une grande partie de ses plus proches partenaires. Signalons la présence du pianiste Enzo Carniel, un « nouveau venu » qui trouve d’emblée une place de choix et vient compléter une équipe en tous points remarquable : Thomas Savy, Federico Casagrande, Fabrice Moreau et sur quelques titres Émile Parisien et Airelle Besson. Chacun de ces protagonistes contribue à un équilibre dont on sait qu’il est le fruit d’une passion partagée (et d’un talent hors norme).
Il ne faut que quelques instants pour comprendre qu’avec Liberation Songs, on est en présence d’un disque événement. Son interprétation habitée, son hypersensibilité collective autant qu’individuelle et une portée militante – celle de chants de lutte pour la liberté et les droits humains – plus que jamais nécessaire en nos temps d’extrémisme haineux, réalisent un amalgame qui s’apparente à un salutaire alignement des planètes, à un petit miracle. On pourrait s’aventurer à l’examen détaillé de chacune des compositions dont la force d’évocation initiale se trouve préservée et sertie dans un écrin d’une grande élégance. Avant d’admettre que ce passage en revue est superflu. Car voilà une heure d’un émouvant chant de liberté et d’amour, servi par une interprétation qui vous prend aux tripes. Si d’aventure vous pensez que le jazz est moribond, précipitez-vous sur ce disque pour recevoir une magistrale démonstration de musique vivante.

