Pacific Festival, éclectique et transatlantique
Dans la métropole de Rouen, le Pacific Festival propose une semaine de concerts.
Organisé par le contrebassiste Thibaut Cellier des Vibrants Défricheurs, ce temps fort de l’automne prend le relais des festivals passés, de Jazz à Part à Écoute s’il pleut sur le territoire normand. Le temps d’un week-end, c’était l’occasion de profiter de trois concerts sur une belle sélection qui s’est terminé le mardi sur la venue de The Ex.

- Rafaëlle Rinaudo © Franpi Barriaux
Le samedi, c’est dans la salle plutôt estampillée rock du Kalif, aux faubourgs de Rouen, que se tenait un double plateau avec le très jeune trio Atuva et le nouvel orchestre de Rafaëlle Rinaudo avec Simon Wensé et Raphaël Quenehen. Le premier trio montre l’excellence de l’apprentissage rouennais avec un excellent batteur, Bilal Ollivier, et des compositions très « jazz contemporain » à la belle portée contemplative où l’écriture du pianiste Matthieu Martineau est à souligner. Avec le contrebassiste Nino Verrier, l’orchestre ne demande qu’à maturer et il faudra veiller sur eux aussi attentivement que lorsque les Vibrants Défricheurs présentaient le Parterre Trio, il y a plus de vingt ans.
Du Parterre Trio à Spin and Spells, le trait d’union est Raphaël Quenehen qui rentre dans un costume sur mesure avec le nouveau projet de Rafaëlle Rinaudo basé sur le dialogue des cordes entre Afrique et Europe. Ce sentiment de fête et de danse permanent, qui constitue déjà l’aromate de Nout, irrigue le biotope du saxophoniste qui, au-delà de Papanosh, ne joue d’abord que pour nous faire danser avec les émotions. La connexion de Rinaudo avec Simon Winsé, flûtiste et joueur de n’goni burkinabé, est forte ; elle constitue la courroie de transmission du trio dont Quenehen est le liant, tant quand il chante que quand il rivalise de trouvailles, du tuyau de PVC aux diverses sonnailles.

- Simon Winsé © Franpi Barriaux
Ce concert est l’image même des musiques non-alignées, qui partent d’un cœur africain fait de cordes mandingues pour voyager dans des paysages urbains pilotées par les pédales de la harpiste et l’impeccable sens rythmique du saxophoniste. Avec « Aguerretou », chanson collégiale venue d’Afrique de l’Ouest, on passe par toutes sortes d’état et de formes que le jazz à lui seul ne saurait déchiffrer. La musique de Spin & Spells est joyeuse et emporte avec elle un public venu tout autant pour apprécier une écriture lumineuse ou pour danser ; les deux se mariant finalement très bien.
Le lendemain, c’est l’entente transatlantique de The Bridge qui venait rendre une nouvelle visite à Sotteville-lès-Rouen. Personne pour leur offrir les clés de la ville et pourtant : les différents avatars de The Bridge ont pris l’habitude de poser leurs bagages dans la ville ouvrière.

- Christian Dillingham & Lenard Simpson © Franpi Barriaux
Cette année, ce sont les Français Paul Wacrenier et Nicolas Pointard qui accueillaient trois Chicagoans. Le saxophone alto de Lenard Simpson est sans doute le plus impressionnant dans cette rencontre très fluide : le géant s’avère d’une douceur peu commune, on pourrait croire d’abord que son saxophone n’est qu’un filet de voix… avant qu’il fasse parler la poudre. Pacifique plus que pacificateur, il s’intègre très bien dans un quintet où Paul Wacrenier est souvent à la manœuvre pour travailler une masse sonore chaleureuse, que le contrebassiste Christian Dillingham harmonise avec grâce et flegme.
Avec Nicolas Pointard (Moger Orchestra) à la batterie, le contrebassiste qui joue souvent avec Simpson est la trame de fond où l’explosivité du tromboniste Jeff Albert fait le reste. On avait entendu Albert avec Tim Daisy ou Ben LaMar Gay. Il est le facteur X de cet orchestre grâce, notamment, à un travail très subtil de sourdines. Même si la sourdine, du reste, rebondit sur le sol pour mieux jouer avec la rythmique de Pointard. Les voyages transatlantiques de The Bridge n’ont pas fini de nous enchanter et d’un océan à l’autre, ont fait les beaux dimanches du Pacific Festival.

