
Paul Jarret
Tilia
Paul Jarret (g), Philipp Gropper (sax), Étienne Renard (b), Sun-Mi Hong (d).
Label / Distribution : BMC Records
Voilà maintenant une quinzaine d’années qu’on suit avec attention le parcours du guitariste et compositeur Paul Jarret. Rappelons qu’il s’était fait connaître avec un quintet sobrement appelé PJ5 (quatre albums au compteur entre 2012 et 2018 : Floor Dance, Word, Trees, I Told The Little Bird). Ce musicien nourri à de multiples sources a poursuivi sa route avec une exigence constante et une créativité jamais démentie, à travers différents projets comme Hémisphère (sous influence scandinave), Ghost Songs (avec le batteur Jim Black), le groupe Sweet Dog, l’Acoustic Large Ensemble, sans oublier un récent projet en solo.
Paul Jarret, dont la guitare est plus que jamais protéiforme – délivrant tour à tour des riffs rageurs, des arpèges délicats, s’aventurant aussi en recherches sonores collectives - est de retour avec Tilia (nom botanique du tilleul). Il s’entoure à cette occasion de trois musiciens grâce auxquels il peut, de la manière la plus éclatante possible, rendre compte de la maîtrise de son langage versatile (au sens positif du mot, celui de la polyvalence) et de la diversité des climats qu’il est capable d’engendrer, entre musique apaisée et rage post-rock, en passant également par l’expérimentation collective propre au jazz, dans son acception ouverte. On retrouve une équipe d’envergure internationale avec le saxophoniste allemand Philipp Gropper, la batteuse coréenne établie à Amsterdam Sun-Mi Hong, ainsi qu’Étienne Renard, contrebassiste français et fidèle des projets de Paul Jarret depuis quelques années. La cohésion de cette bande des quatre est impressionnante, le guitariste ayant l’intelligence de ne pas écraser l’ensemble en ouvrant au maximum les espaces disponibles pour ses partenaires. Vous ne trouverez pas de « guitar hero » par ici, mais au contraire un ensemble égalitaire, qui attache une grande importance au modelage de la matière musicale, à une approche mélodique tout comme à la libération des énergies.
Il est dit que le tilleul est « un arbre majestueux, sacré et universel, symbole de justice, de liberté, prisé pour ses multiples vertus et pouvant vivre jusqu’à mille ans ». On n’ira pas jusqu’à parier qu’il en ira de même pour la musique de Paul Jarret. Une chose est sûre néanmoins : avec Tilia, arbre aux multiples ramifications, le jazz contemporain est d’une grande vivacité et Paul Jarret en est l’un des plus captivants porte-parole.

