
Jeppe Zeeberg
Live 1963 (The Lost Recordings)
Julie Kjær - sax, fl ; Oilly Wallace – sax ; Erik Kimestad – tr ; Petter Hängsel – trb ; Jeppe Zeeberg – p ; Jeppe Skovbakke – b ; Cornelia Nilsson – d ; Unknown – el. organ, fl à bec
Label / Distribution : Centrifuga
Voici un enregistrement très surprenant. Ce live au Havnecaféen de Copenhague est édité en digital ou en vinyle 10’’.
Les bandes retrouvées et présentées ici sont d’autant plus rares que ce concert regroupe un grand nombre de musicien·nes de la scène danoise autour du pianiste, formation unique et éphémère que les musicologues ont bien du mal à identifier.
Pourtant, cette jeune garde était très au fait des avancées du jazz, dès 1963. On entend bien, poussé par le drive impeccablement swing de la batteuse Cornelia Nilsson, éclater de petites bulles de modernité, d’avant-garde ou carrément d’improvisation libre. Sur « How To Dance », un puissant shuffle rythmique entraîne le groupe et le public alors que le solo de piano tranche par sa libre modernité, peu habituelle sur ce genre de rythmique. Tous les morceaux sont composés par Jeppe Zeeberg, avec cette touche si personnelle : alternance de tutti cuivrés et harmonisés avec des solos rapides et incisifs ; thématique courte et répétée ; titres de compositions loufoques et mystérieux… il y a déjà là tout le matériel compositionnel qui sera exploité plus tard sur les enregistrements des années 2000.
La section de soufflants est composée de Julie Kjær à la flûte, Erik Kimestad à la trompette, Petter Hängsel au trombone (ces trois musicien·nes font partie de la plupart des projets en orchestre de Jeppe Zeeberg) et Oilly Wallace au saxophone alto. Ils interviennent chacun sur un solo bien trempé.
Sur « Not 100% Norwegian » dont on ne sait s’il s’agit d’un résultat d’ADN ou de la composition d’un fromage de tête, on entend un riff d’orgue électrique, chose rare pour l’époque. D’autant que le solo de piano qui structure tout le morceau est encore bien moderne. Sur une rythmique qui rappelle celle d’Art Blakey avec les Messengers, Jeppe Zeeberg martèle le thème en accords et se lance dans un discours par accumulation à partir d’une petite cellule mélodique. Ruptures rythmiques, répétitions et cascades furieuses sur le clavier, il préfigure autant Cecil Taylor que Joachim Kühn, c’est fascinant. Il ne faut pas oublier le rôle pivot et solide du bassiste Jeppe Skovbakke sur ce morceau, un musicien régulier du pianiste. Enfin, seule composition signée Jimmy Cox et datant de 1923, « Nobody Knows You When You’re Down And Out » est un solo de piano droit qui évoque la dure vie des musiciens de bar de Chicago.
Petite perle discographique éditée à 250 exemplaires, ce vinyle 10’’ présente six pistes toutes pleines de musique et de plaisir et s’inscrit dans une discographie de plus en plus cohérente et fournie de la part de Jeppe Zeeberg.
Chose notable, pour une fois ce n’est pas le pianiste qui signe le graphisme de la pochette, mais son cousin français Jacques Mont du Lac.
