Chronique

Kaja Draksler Octet

Bare, Unfolding

Label / Distribution : Sploh

De retour avec l’un de ses projets les plus enthousiasmants, la pianiste Kaja Draksler ne déçoit pas avec Bare, Unfolding, le troisième rendez-vous avec son octet. On retrouve à ses côtés les deux chanteuses, la Lettone Laura Polence et la soprano islandaise Björk Níelsdóttir qui donnent à l’octet ce cachet particulier et offrent des couleurs profondes aux textes choisis ; c’était entre autre Pablo Neruda pour Gledalec et Out for Stars, les deux premiers albums, et c’est le grand maître du haïku, Bashō, dans ce nouvel album proposé par le label slovène Sploh. Un changement de direction qui offre à Draksler de nouvelles esthétiques, notamment sur « Come See » où son piano préparé souligne une très belle construction vocale, empruntée à la musique ancienne. Qu’on ne s’y trompe pas : avec Onno Govaert à la batterie et Lennart Heyndels à la contrebasse, la base néerlandaise de la pianiste installée à Amsterdam, l’entropie est possible à chaque instant, tout comme dans les cordes frottées du Roumain George Dumitriu.

C’est avec « Skylark », long morceau en forme de manifeste, que l’on perçoit bien le propos sinueux mais toujours cohérent de Kaja Draksler. Les voix, au mécanisme et à la justesse idéale, conduisent l’orchestre dans divers chemins de traverse où l’on découvre de nouvelles atmosphères, baigné par les mots de Bashō, qui teintent le propos d’un orientalisme bienvenu. Dans « Autumn Eve », sous les assauts des flûtes shakuhachi d’Ab Baars et le travail rythmique de Govaert, on est transporté dans un Orient intranquille que ponctue une Ada Rave intenable. C’est le moteur de cet album entier, où le calme circonspect de la méditation se heurte à un chaos fugace, en bourrasques. Une tempête salutaire qui rebat les cartes et permet de retrouver la quiétude dans de nouveaux atours, souvent autour de la voix ou d’un piano devenu concertant (« Mai Fu »).

L’alchimie de Draksler avec cet octet inclassable, plongeant ses rhizomes dans toutes sortes d’influences, produit une de ces œuvres tentaculaires qui s’écoutent avec beaucoup de concentration. Elle se découvre comme un haïku, dans sa concision comme dans sa résonance sur l’imaginaire ; ainsi « In Kyoto », sans doute le morceau le plus troublant de ce disque plein de secrets, est une lente construction entre anches et piano préparé qui décrit à merveille l’atmosphère pleine d’Histoire de la ville d’empire. Par les paroles de Bashō, mantra fondateur, mais aussi par une approche très cinématographique d’une ville fantasmée.

par Franpi Barriaux // Publié le 5 avril 2026
P.-S. :

Kaja Draksler (p), Laura Polence (voc), Björk Níelsdóttir (voc), Ada Rave (ts, cl), Ab Baars (ts, cl), George Dumitriu (vln, vla), Lennart Heyndels (b), Onno Govaert (d)