Scènes

Les Chicago Inspirations de Mike Reed 🇺🇸

Une soirée en célébration de l’héritage jazzique récent de Chicago.


Mike Reed @ Todd Rosenberg Photography

Le 1er mai, le batteur Mike Reed s’est produit pour la deuxième fois de sa carrière dans la demeure de l’Orchestre symphonique de Chicago. Cette fois-ci, il était question de fêter le patrimoine local et de rendre hommage au contrebassiste Fred Hopkins.

Le batteur Mike Reed était la tête d’affiche d’un programme en deux parties. Il présentait un projet intitulé The Magic Box : Music Inspired by Chicago Bassist Fred Hopkins. L’idée lui est venue après s’être retrouvé en possession d’un carton ayant appartenu à Hopkins contenant lettres, programmes, notes, contrats, partitions… Pour l’occasion, Reed fusionne deux de ses groupes, le trio Artifacts et le quintet Loose Assembly, afin de former un sextet composé de Nicole Mitchell (f), Tomeka Reid (cello), Jason Adasiewicz (vib), Joshua Abrams (b) et Greg Ward (as).
Henry Threadgill a été sollicité pour écrire une pièce, « Straddle », que le groupe joue en ouverture. On aurait pu penser qu’il revisiterait le travail effectué en compagnie de Hopkins, que ce soit au sein d’Air ou de son sextet, mais il a préféré continuer dans sa ligne directrice actuelle avec une composition à la sonorité singulière et immédiatement reconnaissable – du Threadgill tout craché. On retiendra surtout un solo vigoureux et brutal de Mitchell et une intervention de Ward davantage mâtinée de lyrisme avec un déroulé plus posé. Ensuite, les musiciens enchaînent une succession de courts thèmes où Adasiewicz, un ressort essentiel du groupe, prend en charge les interludes servant de transitions, ou se livre à un comping entêtant. Ward et Mitchell restent les principaux solistes, le premier voletant comme un papillon et la seconde dessinant des arabesques aux accents orientaux.

@ Todd Rosenberg Photography

Après une courte pause, le groupe repart sur une composition de Reed écrite à l’origine pour Loose Assembly, « Flowers ». Cette pièce abstraite voit Reid, Abrams, Adasiewicz et Reed se fondre ensemble, chacun produisant des sons à l’aide d’un archet. Suivra « The Silent Hour » qui, à l’image de l’éclosion d’une fleur, révèle lentement une belle mélodie envoûtante. « Here’s Your Umbrella » conclut ce medley sur un tempo régulier en soutien aux solistes (Reid, Mitchell et Ward) qui tous trois maintiennent la mélodie au cœur de leurs improvisations. Pour terminer, Reed propose une composition de Fred Hopkins intitulée « G.v.E. » qui figurait sur l’album Air Time. L’acteur principal en est Jason Adasiewicz, probablement en référence à l’hubkaphone utilisé à l’origine par Threadgill, qui sign un solo ébouriffant avec son allure typique de pantin désarticulé.

Le concert proposait une première partie sous la houlette du saxophoniste ténor Geof Bradfield, qui se produisait à la tête d’un octet composé de jeunes issus du programme Jazz Links du Jazz Institute of Chicago, une initiative salutaire de plus de deux décennies qui permet à des lycéens de se frotter à des musiciens professionnels. Afin de s’inscrire dans le thème de la soirée, Bradfield s’est vu confier le soin de jouer des morceaux tirés de l’ouvrage supervisé par Mike Reed et publié en 2019, The City Was Yellow : Chicago Jazz & Improvised Music 1980-2010, un recueil de compositions écrites par des musiciens du cru. À ce titre, il mérite nos éloges pour avoir concocté un programme cohérent et conçu des arrangements subtils.

Le groupe commence avec « Big V » du saxophoniste Ari Brown. Bonne idée. Ce morceau de facture classique au rythme soutenu permet aux jeunes protagonistes de gagner en confiance avant de s’attaquer à des morceaux plus difficiles ou à la structure plus alambiquée. La composition la plus ardue et la plus moderne sera d’ailleurs « Woodlawn » de Tomeka Reid, avec un thème rugissant comme du Mingus et une séduisante polyphonie.

@ Todd Rosenberg Photography

Quels que soient les morceaux, Bradfield a prévu des espaces pour réduire la voilure et proposer différents duos de soufflants ou, comme durant le bluesy « Steppin’ Up » du pianiste Ryan Cohan, divers quartets avec trompette, sax alto ou ténor, ou trombone. Cette structure à géométrie variable est en outre particulièrement bien exploitée dans « Nairobi Transit », un morceau de Bradfield lui-même.

Dans l’ensemble, le public aura été surpris par le degré de développement de ces jeunes musiciens. Il faudra retenir leurs noms : Johannes Ancheta (as), Anthony Olague (ts), Matthew Hufford (tp), Abby Hachim (tb), Daniel Johnson (p), Zadie Ma (b) et Alexios Malamis (d). Certains feront encore parler d’eux, notamment la contrebassiste Zadie Ma qui fait preuve d’un aplomb remarquable et dégage une impressionnante puissance.