Chronique

Angelika Niescier

Chicago Tapes

Angelika Niescier (ss), Dave Rempis (ts), Nicole Mitchell (fl), Jason Adasiewicz (vib), Luke Stewart (b), Mike Reed (d)

Label / Distribution : Intakt Records

A la suite de Beyond Dragons qui avait laissé une forte impression tant sur disque que sur scène (seulement entourée de Tomeka Reid et Savannah Harris), la saxophoniste Angelika Niescier continue de s’acoquiner avec la scène américaine, quittant cette fois New York pour Chicago. Entourée d’un groupe de belle tenue, elle assouvit son besoin de mettre en place des formes personnelles, toujours interprétées avec un sentiment d’urgence.

S’appuyant notamment sur une paire rythmique efficace voire épaisse - Luke Stewart, aussi prolixe dans ses propositions que sûr de son jeu dans sa façon d’installer un centre de gravité bas, et Mike Reed, toujours capable d’inventivité dans la construction de rythmes inattendus -, c’est le pupitre des soufflants qui donne au sextet son originalité autant que sa puissance de feu. Niescier et Dave Rempis, qui se partagent les saxophones, inondent littéralement l’espace sonore de souffleries torrentielles, et la flûte entêtante de Nicole Mitchell vient non pas adoucir, mais transformer l’ensemble en un trio aussi tonique que piquant en embrassant l’entièreté du spectre sonore, du grave aux aigus. L’ensemble serait cependant toujours efficace mais à coup sûr certainement trop tranchant sans la présence du vibraphoniste Jason Adasiewicz qui glisse des nappes étranges, parfois incertaines, qui apportent du liant et une instabilité fructueuse.

Toutefois, même si le sextet s’engage dans des improvisations libertaires qui empruntent au vocabulaire du free jazz, il n’en respecte pas moins des compositions savamment construites mais où les contours de la forme s’effacent dans des embrasements sonores qui rendent le tout éminemment spontané. Niescier nous conduit dans des structures maîtrisées qui ajoutent à l’efficacité du propos et lui permettent de ne jamais s’égarer. À la puissance de frappe qui invite aux débordements s’ajoute l’efficacité d’une précision sans faille qui touche sa cible et fait de ce disque une réussite.

par Nicolas Dourlhès // Publié le 22 février 2026
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