Scènes

Météo, imprévisible et sûr

Cinq jours au Festival Météo de Mulhouse, cela requiert, pour le public, une attention soutenue.


L’anticipation des formes, le sens des situations échappe. Les diverses formes musicales jouées du 22 au 26 août 2017 offrent à la sensibilité des auditeurs de nouvelles expériences. Elles laissent aux musiciens la prise de l’intuition sur le concret, l’acte d’imprimer sur l’instrument des formes sonores.

Météo est un festival de musiques improvisées « imprévisible comme la météo » souligne Fabien Simon, directeur et programmateur du festival.

Pour accueillir 5 à 6 concerts par jour et 4000 spectateurs, ils sont 12 techniciens et seulement 15 bénévoles. Une petite équipe de direction composée de trois personnes Fabien, Moussa Sy (chargé de production) et Benoît Roussel (administrateur comptable) parie sur l’échange entre musiciens, festivaliers, projets et lieux. Leur politique se soutient par le choix de l’acoustique, des transports entre les différents espaces, du vin et des raisins partagés sur le parvis d’une chapelle, des disquaires, des tables où paroles, savoirs, et avis s’entremêlent.
Soucieux de pédagogie, les concerts pour les enfants et les musiciens pour les stagiaires (Eve Risser, Alvin Curran, Franz Hautzinger et Edward Perraud) sont liés aux choix de la programmation.

« Le festival existe depuis 34 ans, je suis depuis 5 ans le troisième directeur. Avant 2009 le festival se nommait Jazz Mulhouse mais le mot ne correspondait plus à la musique proposée. Improvisation non idiomatique, le cadre esthétique du festival Météo est très large. Le travail sur la matière sonore prend sens dans un lieu. Je ne formalise pas le fil conducteur du festival - précise Fabien Simon- je fais confiance à mon intuition. Du jazz au rock expérimental, à la musique contemporaine… L’art sonore. »


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Le Noumatrouff © Christophe Charpenel

Franz Hautzinger et sa trompette à la chapelle Saint-Jean créent une atmosphère soufflante autant qu’aspirante : roulement, sifflement, souffle emprisonné dans les parois vibrantes…
Autant de vie qui rebondit et se saccade. Sa musique laisse au loin la mémoire des traces réceptives de la composition de John Tilbury, éloigne les voix des 30 musiciens lisant « Sans » de Samuel Beckett, dissipe les sons dirigés par Frédéric Blondy.

Dans l’acoustique de la Filature, le soin des sons comme des mots entoure le vide, tandis que d’autres s’appuient sur lui. L’énergie circule avec aisance au Noumatrouff avec l’Incertum Principium : Edward Perraud à la batterie, Ingebrigt Håker Flaten à la contrebasse, Aymeric Avice à la trompette et Benjamin Dousteyssier au saxophone nous propulsent au cœur d’un free aux silences fulgurants. La forme semble naitre de la surcharge des années de travail, l’énergie concentre tous les acquis et se libère.

Que dire alors des courants contraires qui sans forcer les sons ouvrent vers la musique ? The Turbine ! : Benjamin Duboc et Harrison Bankhead aux contrebasses, Ramon Lopez et Hamid Drake aux batteries et le Japonais Kondo Toshinori à la trompette électrifiée. Ils n’ont jusque là jamais joué tous les cinq ensemble mais la vague est de matière sonore. C’est un mouvement de matière rythmique sur lequel s’échoue ou s’envole la trompette. La chute de l’ange, certains la nomment désir. « Ange », c’est ainsi que Kondo nomme sa trompette qu’il oubliera sur le banc, le temps d’écouter le concert suivant.