Scènes

Tampere Jazz Happening, une page se tourne

Journées musicales hautes en couleurs en Finlande.


Cette année, quelque chose a changé à Tampere, pour les quatre jours du Tampere Jazz Happening. En effet, la 44e édition de ce merveilleux festival était la dernière organisée par Juhamatti Kauppinen. Après plus de 20 ans, le sympathique Finlandais passe le relais à la Polonaise Martyna van Nieuwland, une authentique femme de réseau qui a vécu plusieurs années en Finlande. Par ailleurs, le QG du festival, l’ancien bâtiment des douanes et entrepôt Tullikamari, n’était pas disponible en raison d’importants travaux de rénovation. Mais le QG de remplacement, le Paja Kongressi, se révèle tout aussi charmant, chaleureux et très bien sonorisé pour les concerts.

Amaryllis Sextet © Maarit Kytöharju

Ce qui compte avant tout, c’est ce qui se passe sur scène. Le premier soir, avec un programme bien rempli, deux guitaristes très différents se sont produits.
Alors que le Britannique Rob Luft et son quartet très soudé ont joué une musique équilibrée, inspirée par un long séjour en Égypte pendant la période du coronavirus et combinant de manière organique différentes influences, l’Américaine Mary Halvorson et son Amaryllis Sextet ont ensuite montré ce qui fait d’elle la guitariste de jazz la plus originale du moment. Son sextette avant-gardiste de free funk joue avec des mesures irrégulières et des accents décalés et joyeux, tout en groovant et en régalant le public par des solos captivants, comme ceux du trompettiste Adam O’Farrill ou de la vibraphoniste Patricia Brennan. La leader du groupe s’est souvent présentée comme un membre de l’ensemble au service de l’équipe, mais elle a surpris par les sons et les effets inhabituels de sa guitare, même si elle s’est parfois retrouvée au centre de l’action musicale, à la fois aventureuse et accessible.

Et entre ces deux guitaristes, le Daniel Erdmann’s Organic Soulfood était parfait. Le nouveau trio du saxophoniste allemand, composé de l’organiste français Antonin Rayon et du batteur britannique Jim Hart, revient aux sources du jazz et a joué à Tampere avec enthousiasme et soul.

Yuko Oshima © Maarit Kytöharju

Comme chaque année, le festival a créé la surprise avec des artistes originaux. Parmi eux, on peut citer le nouveau trio franco-japonais Ukiyoto, basé en France, qui a transporté le public dans des paysages sonores magnifiquement improvisés, parfois rock, parfois cinématographiques. Yuko Oshima au chant et à la batterie, Kazuhisa Uchihashi à la guitare électrique et au saxophone et Olivier Lété à la basse électrique ont créé, à l’aide de nombreux effets électroniques et de jeux d’archet, des sonorités exceptionnelles, à la fois étranges et séduisantes. Des expériences auditives atmosphériques.

Tomoki Sanders © Maarit Kytöharju

Il y avait beaucoup à voir avec l’exubérant Tomoki Sanders, fils de la légende du saxophone Pharoah Sanders. Une fleur dans les cheveux, affichant sans complexe son homosexualité sur scène, ce trentenaire est un véritable oiseau rare qui joue intensément du saxophone et a su divertir son public avec son quartet, entre groove et jazz spirituel. Mais il faut aimer son entertainment musical plutôt exubérant sur scène. Et le clin d’œil à son célèbre père à la fin du concert, avec son titre légendaire « The Creator Has a Masterplan », chanté de manière un peu décalée, précisément dans le style de Tomoki Sanders, n’était certainement pas du goût de tout le monde.

Émile Parisien © Maarit Kytöharju

Le trio composé du batteur américain Hamid Drake, du guitariste finlandais Kalle Kalima et du tromboniste allemand Conny Bauer a été présenté en première mondiale. Trois improvisateurs libres d’esprit de très grande qualité qui, lors de leur set d’une heure à Tampere, ont déjà laissé entrevoir ce que cette collaboration pourrait donner si elle devenait une formation permanente.

Le quartet du saxophoniste soprano Émile Parisien existe quant à lui depuis plus de 20 ans. Et c’est toujours un grand plaisir d’écouter ces quatre Français. Rares sont ceux qui jouent du saxophone soprano avec autant de versatilité que Parisien. Et c’est tout simplement formidable de voir avec quelle énergie lui et son groupe vibrent, sans jamais s’emballer, mais en construisant des images sonores acoustiques très détaillées.

Aili Ikonen © Maarit Kytöharju

Et puis, dans le restaurant et salle de concert Telakka, des groupes finlandais se produisent toujours dans le cadre du festival, généralement un peu après le programme principal. Il faut alors choisir : faire un petit détour pour aller les écouter ou attendre le prochain groupe sur la scène principale ? Avec Helmi Antila et son quartet, le détour par le Telakka en valait la peine, car la jeune pianiste et chanteuse, qui a sorti cette année son premier album raffiné aux accents soul jazz intitulé « Kuvia nuoruudesta », a montré que le jazz finlandais avait beaucoup à offrir. C’est également ce qu’a fait, lors du tout dernier concert du festival de cette année, le guitariste Lauri Kallio, originaire de Tampere et vivant à Helsinki, avec son quintette accompagné d’une harpiste et sa musique cinématographique et multi-genre qui nous raconte des récits imaginaires.

Le prestigieux prix Yrjö de l’Association finlandaise de jazz a par ailleurs été décerné cette année à la chanteuse Aili Ikonen dans le cadre du festival.