Scènes

Sons d’Hiver 2012 - le compte rendu

Le festival Sons d’Hiver défendait cette année et comme toujours une très grande diversité musicale.


Le festival Sons d’Hiver défendait cette année et comme toujours une très grande diversité musicale. Free jazz américain, musiques orientales et africaines, rap ou klezmer électro, son édition 2012 en offrait un échantillon remarquable.

Fin d’après-midi musicale, samedi 28 janvier. Au Musée du Quai Branly, où Sons d’Hiver coproduit ce concert en partenariat avec l’équipe du Musée chargée de la programmation Jazz Bleu Indigo, William Parker donne à entendre un de ses nombreux projets. Celui-ci, Universal Tonality [1], compte parmi les moins orthodoxes. C’est une formation de musique improvisée qui puise en permanence aux sources des musiques orientales et africaines et les mêle à la musique occidentale. Le résultat est surprenant et beau. William Parker et ses partenaires habituels (Rob Brown, Hamid Drake, Cooper-Moore) effacent d’abord leur héritage jazzistique au profit de leurs autres camarades, qu’ils fréquentent moins et dont le langage musical est bien moins connu de nos oreilles européennes. Ce geste d’accueil, aussi simple soit-il, nous arrache vite à nos habitudes d’écoute et l’on se laisse lentement hypnotiser par les deux voix qui s’entremêlent et par le bourdon des instruments traditionnels à anches doubles de Bill Cole (un hojok coréen et une bombarde). Puis, progressivement, un groove fait son apparition : c’est Hamid Drake, suivi des percussions de Cooper-Moore. Les saxophones de Rob Brown et Klaas Hekman font entrer leur idiome jazz en dialogue serré avec les langages musicaux traditionnels de Sangeeta Bandyopadhyay et Mola Sylla. Ils rappellent alors que l’unité des genres musicaux, unité que l’on croit constituée depuis des lustres et de manière naturelle, est toujours à défaire en vue de nouvelles harmonies. Ce soir-là, le set, qui oscille entre accalmies modales hypnotiques et grooves up tempo de célébration, peut parfois donner l’impression d’être bancal, de chercher son unité, un centre autour duquel se construire. L’imperfection est de mise mais la beauté de la musique donnée en partage et l’émotion que dégage ce dialogue à voix multiples nous font bien vite fermer les yeux sur ces quelques hésitations. La petite troupe de William Parker plaide brillamment pour un jazz incarné, loin d’un polissage ennuyeux. L’esprit d’aventure est là, et c’est bien ce qui compte.


JPEG - 47.3 ko
William Parker © H. Collon

On retrouvera cette humeur festive à la Java, le lendemain 29 janvier, pour un concert coproduit avec l’aide de Son Libre, dans le cadre de sa programmation régulière dans ce même lieu. La jauge réduite donne à l’ensemble des allures de fête pour habitués, bien que la salle soit comble, comme le Musée du Quai Branly la veille. The Ames Room [2] y livre un set frontal et véhément, mené en ligne droite et à toute vitesse, comme si les musiciens avaient les yeux rivés sur une cible invisible. Will Guthrie y martèle des monorythmies, Clayton Thomas martyrise sa contrebasse en tirant violemment sur ses cordes et Jean-Luc Guionnet enchaîne à une allure folle des salves de notes que son souffle entrecoupé déstructure et ne mène presque jamais à leur terme, sauf dans de rares moments cathartiques où les musiciens, gagnés par la vitesse et l’ivresse du jeu à trois s’unissent dans un bruit rédempteur. Chaque note, chaque son est comme réinventé dans l’inachèvement même auquel le soumet Guionnet. C’est intense, ça défoule l’auditeur, et l’énergie qui circule entre les musiciens est réjouissante.

A côté d’une telle énergie, le set de William Parker et Cooper-Moore semble bien plus sage. C’est un duo improvisé, à la contrebasse et au piano. Le dialogue est serré et l’entente parfaite mais après le set de The Ames Room, que proposer encore ? Probablement un peu de communion musicale, lorsque William Parker se munit de ses deux archets pour produire des sons polyphoniques sur les cordes et devant le chevalet de sa contrebasse, seul en piste. Et, cerise joyeuse sur le gâteau, Cooper-Moore invite Clayton Thomas sur scène pour qu’il évoque sa rencontre avec William Parker et pour lui demander de chanter avec lui sa « happy song », une ritournelle qu’il a composée après les événements du 11-septembre. Et le voilà qu’il propose à toute la salle de chanter ce petit refrain célébrant ceux qui vivent dans un monde troublé. C’est l’hiver, mais on sort de la Java le cœur réchauffé, sans pour autant que ce duo ait été à la hauteur du concert d’hier après-midi.


JPEG - 33.6 ko
Vijay Iyer © E. Vial

Hôtel de Ville de Saint-Mandé, dimanche 5 février. Cette fois nous sommes venus écouter une Amérique métissée : le duo de pianos de Craig Taborn et Vijay Iyer, puis le projet « Ivey Divey » du trio de Don Byron [3]. Les deux sont abstraits mais empruntent des chemins très différents. Taborn et Iyer ont choisi, dans le face à face, de faire dialoguer leurs pratiques du piano et leur goût des structures complexes et ouvertes. Mais cela mis à part, leurs approches respectives de l’instrument sont très différentes. Celle de Craig Taborn est frontale, tout en puissance, rythmique ; celle de Vijay Iyer effectue d’amples circonvolutions et se perd en répétitions rythmiques. Leur set a donc été une sorte de défi : mêler en permanence ces deux approches si différentes, les faire se rencontrer pour en donner une synthèse. Quand le concert débute, tout n’est donc pas joué : c’est devant les spectateurs que cette synthèse va devoir être recherchée et, éventuellement, obtenue. L’improvisation remplit alors pleinement sa fonction et se veut bien la recherche au présent, en temps réel, d’un accord, même imparfait, entre des pratiques singulières. Si les morceaux, plutôt longs, commencent de manière calme, dans l’écoute mutuelle et l’avancée pas à pas, le jeu de l’un pousse graduellement l’autre à sortir de ses repères et de ses habitudes. Craig Taborn tempère sa force de frappe sur le clavier tandis que Vijay Iyer quitte de plus en plus ses motifs rythmiques abstraits pour privilégier l’énergie du jeu. Chacun devient le miroir déformant de l’autre, jusqu’à parfois reprendre, à contre-temps, le motif que propose son partenaire. Au milieu du set, les deux pianistes échangent leurs places et reprennent le dialogue en effectuant le mouvement inverse : ne plus mêler leurs jeux, mais les désolidariser graduellement. Passionnante manœuvre qui se clôt sur un très bref rappel, tout en saccades rythmiques, salves de notes courtes et motifs répétitifs joués avec une étonnante cohésion.


JPEG - 30.9 ko
Craig Taborn © E. Vial

Le trio de Don Byron sera quant à lui plus savant et référencé. Il reprend la formule instrumentale de Lester Young à la fin des années 40 : un trio sans contrebassiste, où Nat « King » Cole tenait le piano et Buddy Rich la batterie. Sans revisiter clairement le répertoire de Young, à part quelques reprises qu’annonce Byron au cours du concert, la formation en réactive surtout l’héritage. Grilles d’accords, harmonies, lignes mélodiques reviennent dans le jeu de Byron, Simon et Betsch comme de lointains souvenirs : pêle-mêle, déstructurés, mis sens dessus dessous afin de revivifier leur intensité. Derrière ses larges lunettes de soleil à montures blanches, Byron a le sourire malicieux de celui qui se sait pertinemment en train de mettre un peu de désordre dans cette musique, y compris lorsqu’il reprend en le chantant un titre de Young. Quelques moments d’improvisation font irruption sans crier gare au milieu d’un thème pour rompre l’hommage savant et lancer la musique sur de nouvelles pistes. Dans ces moments-là, c’est la batterie de John Betsch, toujours aussi rigoureuse et droite, manifestant toujours un même refus de l’exubérance au profit d’une sobriété pourtant virtuose, qui guide les autres et leur fournit le cadre rythmique au sein duquel ils peuvent digresser à l’envi. Dans ces moments-là, la dimension un rien cérébrale de cette musique disparaît tout à fait, avant de revenir tempérer la chaleur énergique du trio. Souffler le chaud et le froid leur aura bien réussi cet après-midi.

D’habitude à Sons d’Hiver il y a tous les soirs deux groupes différents. Ce jeudi 9 février), la rencontre du Surnatural Orchestra [4] (et de son disque en gestation — pour souscrire, c’est par ici) avec John Tchicai compte pour un groupe à elle seule. Et, en effet, alors que la première partie compte l’orchestre tel qu’on le connaît, avec les mises en scène, les costumes et les lumières qu’affectionnent ses habitués, c’est métamorphosé qu’il revient sur scène. Dès le premier morceau, la présence de cette légende au grand âge et à la chemise pastel en impose, malgré un air un peu perdu. C’est lui qui prend les rênes d’un soundpainting tout personnel. Les signes de Walter Thompson — l’inventeur du soundpainting, technique qui consiste à composer en temps réel en dirigeant un orchestre au moyen d’un langage qui en compte quelques 800 — ont disparu, place à ceux de John Tchicai. Un mouvement de tête, les saxophones s’y mettent ; un regard, c’est au tour de la chorale improvisée ; un doigt tendu, et s’ensuit un duo inattendu entre le batteur Antonin Leymarie et son chef d’orchestre éphémère. On aurait aimé que l’opération de déboulonnage des réflexes surnaturels des musiciens — aussi excellents soient-ils — dure plus longtemps, mais chacun reprend bientôt sa place, et Tchicai celle qu’on lui laisse : solos de saxophone et parties de chant (notamment sur « Groumlat », un des tubes de l’orchestre, que l’on trouve sur le disque Sans tête). Sa voix détonne face au rap de Sylvaine Hélary, mais c’est ce décalage qui fait tout le suc de la rencontre. Ou comment s’en prendre plein les dents avec le sourire — de part et d’autre évidemment.

Le lendemain soir (vendredi 10 février), l’Amérique rencontre à nouveau la France sur une scène voisine, cette fois-ci grâce à un détour par l’Europe de l’Est et ses musiques klezmer. David Krakauer apparaît aux côtés d’un groupe de jeunes improvisateurs, l’Anakronic Electro Orkestra [5], qui marie les clarinettes à l’accordéon et aux effets électroniques. Succès assuré pour ce bal dont le quart seulement de la salle profite, les autres spectateurs restant cloués à leurs sièges du fait de la configuration du théâtre et, peut-être, d’une certaine lassitude. Parfaitement rodés, les thèmes de David Krakauer se suivent et se ressemblent depuis tant d’années… ! Un grand solo démonstratif virtuose au milieu du concert, et voilà l’alliance entre les deux côtés de l’Atlantique, les deux générations, et les deux configurations (star vs. groupe) consommée.

Nettement plus intéressant était le duo Ill Chemistry qui, à l’occasion de la sortie de l’album éponyme sur le label nato, assurait la première partie. Carnage The Executioner enregistre en temps réel l’impressionnant beatbox qui rythme les morceaux et porte sa voix ainsi que celle de Desdamona, sa comparse de Minneapolis et également chanteuse au sein du phénomène Ursus Minor, programmé le lendemain dans le même festival. Leurs propositions, leur présence et leur musicalité font aimer le rap à ceux à qui habituellement il donne des boutons — l’auteure de ces lignes, par exemple. Qu’il est agréable de découvrir le plaisir de la scansion avec un tel duo : des propos politiques ancrés dans l’expérience (la merveilleuse chanson « I’ve Been » de Desdamona, qui parle de sa condition de femme avec intelligence), une performance de beatboxer proprement époustouflante de la part de Carnage et une volonté de partir à la rencontre du public qui achève d’en conquérir le cœur. Oui, ces deux-là seront définitivement « rockin’ as long as [they’re] alive » (« I’ve Been »).

Quelques jours après ce concert qui devrait rester dans toutes les mémoires, nous repartons pour une autre soirée mémorable en compagnie du Elliott Sharp Quintet [6] et du Wadada Leo Smith’s Organic [7]. Elliott Sharp reprend le répertoire du bluesman Willie Dixon, dans un projet intitulé Electric Willie (les amateurs de calembours s’amuseront à déceler le double sens déguisé sous ce nom). Evidemment, il le revisite à grands coups de hache et en amplifiant la dimension bruitiste d’une musique déjà puissamment électrique et sauvage, au moins lorsqu’elle était jouée live.

Willie Dixon a été un contrebassiste important pour l’histoire du blues, un des artisans un peu secrets du label Chess. Plus qu’un instrumentiste doué aux côtés de Muddy Waters ou Howlin’ Wolf, il a surtout été un compositeur, un arrangeur et un producteur dont on peut sentir la patte sur de nombreux enregistrements de Chess.

Ce 14 février, le quintet d’Elliott Sharp revisite donc les chansons de Willie Dixon à l’aide d’amplis et de deux voix puissantes, celles d’Eric Mingus et de Tracie Morris. Fidèle à son héritage du New York downtown, Sharp fait parler la poudre et l’électricité à travers sa guitare, en entremêlant riffs effilés et accords de blues déstructurés, tandis que la basse de Melvin Gibbs et la batterie de Don McKenzie apportent à l’ensemble une dimension quasi funk. Ne vous y trompez pas : ce groupe a beau s’intituler « quintet », il n’a rien de classique !

De funk, il sera encore un peu question avec le groupe de Wadada Leo Smith, passionnante formation au line-up tout en déséquilibres : trois guitares, une contrebasse et une basse électrique, un piano qu’Angelica Sanchez troque parfois pour le Fender Rhodes, un violoncelle, une batterie et bien sûr la merveilleuse trompette du maestro lui-même. Les termes prometteurs du programme résument assez bien la teneur de cette musique : « Organic, orchestre d’« avant funk », joue ainsi une musique moins électrique qu’électrostatique, sans cesse à se dresser – mousson immense et rouleuse de tropiques noirs – sans cesse à s’abattre et se suspendre. Des traits d’une trompette décidément tranchante comme les arêtes d’un diamant, Wadada Leo Smith y cerne l’oeil du cyclone. »

C’est bien d’une musique électrostatique déployant de denses nuages électriques qu’il s’agit ici. Toute en grooves répétitifs complexes (l’alliance d’une basse électrique et d’une contrebasse fait ici des merveilles, surtout quand Skuli Sverrisson se perd dans des digressions presque ambient à la basse) et en textures instables, la musique conquiert peu à peu un espace propre à l’intérieur du spectre sonore, plus qu’elle n’avance dans le temps. Dans ce bloc électrique, la trompette en effet tranche, découpe, taille des formes inattendues, semblables au langage musical dessiné par Leo Smith pour diriger ses musiciens et parfois Pheeroan Aklaff relance, à la batterie, la machine rythmique avec sa frappe puissante et métronomique. Les trois guitares (Michael Gregory, Brandon Ross et Lamar Smith [8]), nimbées de wah wah et d’autres effets souvent peu identifiables, sonnent fréquemment comme des cuivres ou déplacent les frontières attendues qui distinguent les timbres entre eux. C’est d’ailleurs le choix extrêmement original de cette formation : hormis la trompette, elle ne comporte aucun cuivre, alors qu’elle aurait pu facilement accueillir saxophones et trombone, comme le faisait Miles dans ses enregistrements électriques. Le groupe s’en tient plutôt aux cordes, qu’il fait surtout bourdonner ou bruisser, comme le rappellent à intervalles réguliers les coups d’archets bruyants d’Okkyung Lee.

On se laisse régulièrement bercer par cette musique passionnante, hypnotique, sans structure plus que déstructurée et toujours très généreuse. Et si elle prend son temps, elle en arrive à des conclusions souvent fortes. Une seule preuve : le chorus final d’Okkyung Lee, pas loin d’être sublime. A la fin du dernier morceau, Leo Smith se balade lentement sur la scène et nomme un à un les musiciens, pendant que les mesures s’égrènent. Quand Okkyung Lee entame sa manœuvre finale, Smith s’est déjà arrêté devant elle et la regarde jouer. La scène dure deux minutes, trois peut-être, on n’en sait plus rien. C’est peut-être un cliché, mais ce solo est un vrai moment de temps suspendu à la beauté captivante. La vidéo, qui projetait au-dessus de la scène des formes abstraites ou l’image des musiciens passée au travers de filtres divers, attire alors notre attention sur ce qui a lieu entre la jeune violoncelliste et son aîné trompettiste. Smith l’observe et, d’abord concentrée et penchée sur son instrument, elle lui renvoie régulièrement mais brièvement son regard. La musique est autant dans ce renversant solo conclusif que dans cet échange muet entre les deux musiciens. C’est ce genre de détails, ténus mais intenses, qui rendent un concert inoubliable.


JPEG - 34.8 ko
Bunky Green © H. Collon

Avant-dernière soirée du festival, vendredi 17 février à la Maison des Arts et de la Culture de Créteil, pour entendre Bunky Green accompagné du trio d’Eric Legnini [9] puis le Saõ Paolo Underground avec Pharoah Sanders. Bunky Green devait d’abord jouer avec Apex, le groupe de Rudresh Mahanthappa mais celui-ci s’est révélé indisponible. Green a donc choisi, pour le remplacer, le trio d’Eric Legnini comme en 2006 à Banlieues bleues. Un line-up réduit, un seul saxophone, et la vélocité du jeu de l’Américain Green s’en trouve d’autant plus accentuée. L’histoire de Bunky Green est instructive. Parce qu’il a choisi d’enseigner pour ne pas être soumis à la pression des contrats et des tournées et pouvoir jouer quand ça lui chantait, c’est un musicien rare en Europe. Son jeu est très étonnant : on dirait qu’il traverse l’histoire du jazz en quelques mesures, passant du bop à des gestes presque free avec une virtuosité technique bluffante. La musique du trio de Legnini constitue un bel écrin pour le jeu du saxophoniste. Mais souvent, le jeu du quartet a quelque chose d’un peu académique et figé, avec chorus en forme de passages obligés, sa manière d’exposer des thèmes puis de reprendre le jeu de manière collective. L’ensemble manque d’un peu de surprise et de désordre, et c’est parfois dommage.

La seconde partie sort davantage des sentiers battus. Non seulement parce qu’on n’a pas tous les jours la chance d’écouter une légende telle que Pharoah Sanders en concert mais aussi parce que la sortie hors du jazz pour s’aventurer en terrain inconnu avait ici quelque chose de tout à fait bienvenu. Mêlant jazz, une pincée de rock et beaucoup de musiques brésiliennes, le Sau Paolo Underground [10] choisit de ne pas choisir, sinon l’énergie d’une musique avant tout rythmique, à deux batteries, et une myriade de percussions. De fait, on sent à chaque minute l’immense plaisir qu’a le groupe à jouer aux côtés de Sanders, bien plus encore que[lorsqu’ils étaient les invités du Musée du Quai Branly pour la série de concerts Jazz Bleu Indigo. Aucun des membres ne ménage ses efforts. Et Pharoah, lui, est comme un poisson dans l’eau au milieu de cette musique très dense, hérissée et souvent assez bruyante. Pourtant, il est étrangement en retrait et joue sans jamais s’imposer. Il suit les roulements des deux batteries de Chad Taylor et Mauricio Takara, court après la basse chaloupée de Matthew Lux, saupoudre parcimonieusement la musique du groupe plus qu’il ne le dirige, et fait bruisser les rauques de son instrument dans les passages les plus bruitistes, ou échange quelques salves de notes tranchantes avec Rob Mazurek. Le tout s’achève dans un rappel qui mêle airs traditionnels de fête et tout un ensemble d’expérimentations sonores très organiques obtenues à l’aide des machines du groupe (on se souvient tout particulièrement des cris de Mazurek, rendus méconnaissables lorsqu’ils passent dans ses pédales de delay et de wah-wah).

A nouveau, on aura fait à Sons d’Hiver le plein de musiques libres, belles et surtout chaque fois très variées. Le festival reste décidément l’événement musical incontournable de chaque début d’année. N’hésitez pas à braver le froid, le jeu en vaut la chandelle !

par Mathias Kusnierz , Raphaëlle Tchamitchian // Publié le 12 mars 2012

[1William Parker : contrebasse, Mola Sylla : chant Mbira, Ngono, Sangeeta Bandyopadhyay : chant, Bill Cole : hojok, bombarde, flûtes, Rob Brown : saxophone alto, Klaas Hekman : saxophone basse, Cooper-Moore : percussions, instruments faits main, piano, Hamid Drake : batterie

[2Jean-Luc Guionnet : saxophone, Will Guthrie : batterie, Clayton Thomas : contrebasse.

[3Don Byron : clarinette, saxophone, Edward Simon : piano, John Betsch : batterie

[4Antoine Berjeaut : trompette, Yann Priest : trompette, Julien Rousseau : trompette, Guillaume Dutrieux : trompette, Nicolas Stephan : saxophone, remplacé ce jour-là par Raphaël Quenehen, Fabrice Theuillon : saxophone, Jeannot Salvatori : saxophone, Robin Fincker : saxophone, Baptiste Bouquin : saxophone, Adrien Amey : saxophone, Hanno Baumfelder : trombone, François Roche-Juarez : trombone, Judith Wekstein : trombone, Sylvaine Helary : flûte, Cléa Torales : flûte, Fidel Fourneyron : tuba, Laurent Gehant : soubassophone, Sylvain Lemêtre : percussions, Antonin Leymarie : percussions, Boris Boublil : claviers.

[5Mikaël Charry : machines, effets, Ludovic Kierasinski : basse, Corinne Dubarry : accordéon, Pierre Bertaud du Chazaud : clarinettes, Ghislain Rivera : batterie

[6Elliott Sharp : guitare, Eric Mingus, Tracie Morris : voix, Melvin Gibbs : basse, Don Mc Kenzie : batterie

[7Wadada Leo Smith : trompette, Michael Gregory, Brandon Ross, Lamar Smith : guitares, Okkyung Lee : violoncelle, John Lindberg : contrebasse, Skuli Sverrisson : guitare basse, Angelica Sanchez : piano, Fender Rhodes, Pheeroan Aklaff : batterie, Jesse Gilbert, Maile Colbert : vidéo

[8On a appris que ce jeune homme, âgé de 16 ans à peine, avait un lien de parenté avec le leader, mais on n’a pas réussi à apprendre lequel précisément. Ce n’est pas très important, mais ce détail rend l’ambiance sur scène, où les musiciens sont disposés en arc de cercle autour du trompettiste, d’autant plus chaleureuse.

[9Bunky Green : saxophone, Eric Legnini : piano, Thomas Bramerie, Franck Agulhon : batterie.

[10Rob Mazurek : cornet, effets électroniques, Chad Taylor : batterie, machines, mbira, Guillermo Granado : claviers, percussions samples, Mauricio Takara : percussions cavaquinho, machines, Matthew Lux : basse