Jazz à Luz, agitateur de jazz
Jazz à Luz n’en finit pas de faire parler les musiques exploratoires.
Biliana Voutchkova et Isabelle Duthoit © Michel Laborde
Depuis 35 ans, ce festival contribue à bousculer les limites de la musique. 2025 n’a bien entendu pas dérogé à cette règle.
Pour qui arrivait le vendredi après-midi, ce sont les ruines du château Sainte-Marie qui accueillaient le festivalier. Un entrée en matière majestueuse. En effet, à la porte, mire sur les montagnes du pays Toy, trônait Susana Santos Silva sur un répertoire solo entièrement improvisé. Les massifs, dont le célèbre Tourmalet, y faisaient écho, manière d’intégrer cette musique dans son cadre géographique immédiat.
Le concert du soir était d’une matière proche même si à l’improvisation s’ajoutaient des parties écrites et, dans cette configuration, la violoniste Fabiana Striffler et le violoncelliste Karsten Hochapfel dessinèrent un état de grâce et de tendresse précieux au gré des cheminements à huit cordes.

- Fabiana Striffler et Karsten Hochapfel © Michel Laborde
Le lendemain c’est à Luz-Ardiden que se déroulaient les festivités de la journée. Un choix fait par l’équipe pour célébrer les cinquante ans de la station de ski, avec notamment une table ronde dédiée à cette économie en voie de transformation. Là encore, le festival s’inscrivait dans son cadre géographique et son puissant leitmotiv « think global, act local ».
Mais c’est avec Katherina Bornefeld et un concert de bols tibétains et gongs que débuta cette journée. Le moment était au recueillement et à l’introspection avec en perspective les montagnes qui se laissaient voir à travers les baies vitrées de la pièce. Ce cirque, cerné par le Soum de Lats Bernard d’un côté et celui des Aulhères de l’autre, accueillit l’après-midi Joranima pour un concert de cors des Alpes auquel s’était adjointe la danseuse Sacha Steurer. On pouvait répéter, après la table-ronde, que l’espace était façonné tant par l’eau et le vent que par les bêtes et les hommes. La métaphore avec les deux cors venait à point : les bêtes, les hommes, la montagne.
Une fois redescendus, les festivaliers étaient reçus en pleine rue par le Vespa Cougourdon Ourchestra, une formation d’apparence loufoque, en fait néo-carnavalesque, faite essentiellement de trompes en calebasses issues du jardin potager de Jerôme Desigaud et façonnées par ses mains. Un circuit court qui n’étonnait guère celui qui avait repéré dans la formation la présence de Marc Oriol, inventeur et ré-inventeur de la monocorde. Une pépite bien sûr, comme ce fut aussi le cas du duo entre Zea, alias Arnold de Boer, et Xavier Charles qui a mené un très beau set de chansons et de poèmes. On connaît Arnold de Boer via The Ex, groupe punk emblématique qui se produisait le lendemain. Quand Zea usait de sa Telecaster, on notait des choses plus punkies, la clarinette de Xavier Charles devenait d’ailleurs, elle aussi, plus écorchée vive.
Sous le chapiteau, avant que le Vespa Cougourdon Ourchestra ne remette le couvert pour une session sur scène et électrifiée, c’est Susana Santos Silva et Biliana Voutchkova qui, dans un souffle continu au gré des sifflements, percussions, gazouillements… embarquaient le public dans un univers aux relents bruitistes et à la création sans fin.
L’ambiance était détendue à Luz (comme à chaque édition) et tandis que le soleil revenait, le duo de Marta Warelis et Andy Moor mettait tout le monde d’accord dans un set où le free s’associait au noise. De ces adeptes du DIY musical, on se disait qu’ils représentent un aspect du renouveau punk. On sortait sonnés et ravis de ce concert désinhibé et énergétique.

- Marta Warelis et Andy Moor © Michel Laborde
Ce caractère puissant, les festivaliers l’avaient retrouvé avec « Otos » de Félicie Bazelaire, un volumineux set de musique électronique constitué de sons de contrebasse. Le Hang’Art qui accueillait ce superbe concert était plongé dans un deep listening qui faisait le lien avec le concert chorégraphié de Vincent Ferrand, Lê Quan Ninh, Catherine Jauniaux et Emmanuelle Pépin autour de la figure de Barre Phillips. Comme si autant d’émotions ne suffisaient pas, Love Zone terminait l’après-midi du festivalier dans la rue avec un concert aux accents militants.
La dernière soirée était consacrée au duo de Biliana Voutchkova et Isabelle Duthoit dans un registre minimaliste aux accents de jungle. On aurait perçu des cris d’animaux qui alertent, qui repoussent, qui inquiètent et on imaginait volontiers une végétation aussi luxuriante qu’elle engloutissait celui qui l’éprouvait. Une fois le chapiteau débarrassé de ses chaises, The Ex prit les choses en main pour terminer l’édition en un concert de pur punk tout autant salvateur.

- The Ex © Michel Laborde
Depuis plus de trente ans, Jazz à Luz vibre au gré des musiques improvisées. C’est bien entendu l’ADN du festival. Mais c’est aussi la fête dans la vallée qui mène à Gavarnie. On trouvait ainsi, au gré des places du village, de la chanson et des trucs plus foutraques. Que ce soit porté par Pipit Farlouz, des voisins de la Bigorre, Superpêche, Diakitecamara ou par Simon et son orgue de barbarie, c’est un espace militant pour la tendresse et l’humanité qui s’invitait et se proposait au festivaliers.
