Chronique

VWCR

Noise of Our Time

Ken Vandermark (ts, cl), Nate Wooley (tp), Sylvie Courvoisier (p), Tom Rainey (dm)

Label / Distribution : Intakt/Orkhestra

Rassemblant des grandes figures du jazz de création actuel, ce quartet est à la hauteur de son ambition. Depuis de nombreuses années à présent, les collaborations croisées de ces quatre permettent de définir immédiatement et sans effort perceptible un son de groupe qui hausse le niveau de jeu dès les premières notes. Aucune hésitation dans les intentions, l’ensemble sonne à plein en conservant les spécificités de chacun. S’abreuvant goulûment aux sources de cette musique (là une tournure évoque Monk ou Cecil Taylor, Coltrane bien sûr, d’autres encore…), VWCR s’amuse autant qu’il repousse les limites de ce mode d’expression. Les parties traditionnellement bien circonscrites sont immanquablement redessinées avec une énergie qui voit le trait des uns empiéter sur celui des autres ; les vifs contrastes du tableau final n’en ont que plus de force.

La paire Ken Vandermark / Sylvie Courvoisier avance avec complémentarité sur des territoires rapidement brûlants. Le premier usant à l’envi d’une colonne sonore qu’il lacère de brisures profondes avec l’outrance galvanisante qui fait sa réputation tandis que la seconde ne laisse que peu de quiétude à ses partenaires. Son piano débordant donne la chasse, furète et se superpose à tout propos, donnant une horizontalité fructueuse à des accords pesants qui se délitent en cellules entêtantes. Préférant un vocabulaire choisi dans la matière et le grain, Nate Wooley, capable au besoin de prendre le devant de la scène, joue de la profondeur de champ et borde de ponctuations le périmètre mobile du quartet.

A lui seul section rythmique, Tom Rainey, quant à lui, se passe aisément de basse. Il affronte Vandermark au corps à corps, la plupart du temps, en échafaudant des matrices rythmiques obliques qui ajoutent au balancement général. Avec un certain enthousiasme et un appétit non feint de musique, le quartet propose des compositions formellement réussies et actualise un propos généreux vieux de plus d’un siècle : laisser la plus grande liberté individuelle au bénéfice du collectif.

par Nicolas Dourlhès // Publié le 16 décembre 2018
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