Chronique

Ches Smith

Clone Row

Ches Smith (d), Mary Halvorson (eg), Liberty Ellman (eg), Nick Dunston (b)

Label / Distribution : Otherly Love

Décidément régulier dans ses propositions personnelles en dépit d’une activité de sideman de luxe qui ne faiblit pas, le batteur Ches Smith revient avec une formation nouvelle et, de fait, un nouveau disque. Un an après Laugh Ash qui avait fait forte impression ici, et en parallèle avec un disque en solo paru chez Tzadik, il nous fait découvrir un quartet réunissant des figures familières de la scène new-yorkaise qui entrecroisent leur instrument dans une approche originale.

Si l’habitude de jouer ensemble facilite évidemment l’interplay et la circulation de la musique, rien n’est pourtant évident ici. Le travail sur la couleur des guitares (Mary Halvorson, sur la droite, et Liberty Ellman sur la gauche) est, par exemple, notable. L’altération des sons naturels par des effets de pédales transforme totalement l’acoustique de l’instrument et apporte des couleurs à la fois pop et électroniques peu entendues dans l’univers du jazz traditionnel. De même, la basse tour à tour acoustique et synthétique de Nick Dunston et une batterie chirurgicale finissent de faire verser le collectif vers des atmosphères très produites (dans le sens de travaillées en studio).

À cela s’ajoute - ou plutôt à partir de là se joue - un foisonnement d’imbrications mobiles qui trouvent leur point de force dans l’axe qu’entretiennent les deux guitaristes qui s’affrontent, se complètent, se soutiennent tandis qu’en fond de court mais gagnant bien souvent les devants de la scène, la paire rythmique ajoute sa puissance en bousculant les deux protagonistes. Ce son hybride mais souple trouve son accomplissement dans des lignes mélodiques de biais mais accrocheuses et immédiates, chantantes pourrait-on dire, qui s’immiscent dans des compositions formellement abouties.

Ce n’est plus à prouver : Ches Smith est désormais à ranger du côté des auteurs dont l’approche personnelle crée un monde en soi, clairement défini et neuf. Ses idées syncrétiques viennent enrichir les paramètres de l’orchestre et le conduire là où on ne l’attend pas, de manière suffisamment ample toutefois pour offrir aux musiciens un espace de liberté qui leur permettra de dépasser la thèse liminaire dans une dynamique organique.

par Nicolas Dourlhès // Publié le 14 septembre 2025
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